Hommage à Jacques Portes (par Simon Grivet)

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Par Simon Grivet. [1]

Un texte en hommage à Jacques Portes par Simon Grivet, Maître de conférence en histoire et civilisation des Etats-Unis (Université de Lille - sciences humaines et sociales). Jacques Portes fut son directeur de maîtrise en 1999-2000 et un ami et collègue par la suite. La Rédaction d’Historiens & Géographes remercie vivement Simon Grivet pour ce témoignage qu’elle partage avec ses lecteurs et adhérent(e)s de l’APHG.

Lors de ma première année à l’ENS Fontenay St Cloud en 1998-1999, ma professeur d’histoire contemporaine, Caroline Douki, m’a recommandé Jacques Portes comme directeur de maîtrise. J’avais en effet déterminé que ma maîtrise porterait sur l’histoire contemporaine des Etats-Unis, probablement sur l’anticommunisme et probablement aussi sur la Californie puisque l’ENS offrait à l’époque de pouvoir partir un an sur des campus de University of California.

Jacques Portes me donna rendez vous un soir dans un café à proximité de l’EHESS boulevard Raspail. Professeur à Paris 8, il n’en n’était pas moins impliqué dans le développement du centre de recherches le plus ambitieux sur les Etats-Unis, à savoir le Centre d’Etudes Nord-Américaines (le CENA) de l’EHESS fondé par Jean Heffer et présidé alors par François Weil.

Portes était le premier universitaire que je rencontrais. Il m’a tout de suite mis à l’aise et s’est montré extrêmement chaleureux et clair dans ses explications. Je n’oublierai jamais sa façon d’évaluer mon (modeste) projet de maîtrise « il faut que ça soit nouveau et original ». Plus important encore, Jacques Portes avait parfaitement compris la révolution en train de s’accomplir dans les études nord-américaines.

Tandis que sa génération avait souffert d’un manque chronique de moyens et avait souvent eu de grandes difficultés pour partir outre-Atlantique et travailler directement sur des archives états-uniennes, devant trop souvent se contenter d’étudier les Etats-Unis dans des sources françaises, notre génération, à partir des années 1990, commençait à bénéficier de moyens nouveaux (bourses, aides...) ainsi que de la révolution numérique qui débutait alors. Désormais, rien ne s’opposait à ce que, dès la maîtrise, les étudiants partent aux Etats-Unis. A l’issue de ce rendez-vous je savais que Jacques Portes me faisait confiance pour travailler depuis la Californie sur l’anticommunisme, c’était une garantie précieuse.

A mon retour de San Diego, Portes se montra à nouveau extrêmement bienveillant et protecteur à mon égard, me donnant quelques semaines supplémentaires pour traduire mon mémoire originellement en anglais. La soutenance fut un moment de discussions agréables et utiles.

Après l’agrégation et mon inscription en thèse à l’EHESS avec François Weil, Portes m’accueillit ensuite à Paris 8 pour le monitorat et me montra comment enseigner aux étudiants alors que je n’avais aucune expérience. Il me sollicita également pour un article dans la revue « Matériaux », une de mes premières publications.

Avec Jacques Portes, je garderai le souvenir fort d’un universitaire simple, bienveillant, curieux et particulièrement fécond.

Il va beaucoup manquer à la communauté américaniste.

© Simon Grivet, Maître de conférence en histoire et civilisation des Etats-Unis. Université de Lille - sciences humaines et sociales. Historiens & Géographes, 28/11/2017.

Illustration « en une » : Jacques Portes, Histoire des États-Unis. De 1776 à nos jours, Paris, Armand Colin, 2013, 2e édition.

Notes

[1Maître de conférence en histoire et civilisation des Etats-Unis (Université de Lille - sciences humaines et sociales.