La formation des professeurs d’histoire-géographie sacrifiée Tribune libre des responsables de la formation des professeurs d’histoire-géographie d’une trentaine d’universités

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L’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) relaie ce texte émanant des responsables de la formation des professeurs d’histoire-géographie d’une trentaine d’universités françaises, avec l’aimable autorisation de plusieurs signataires et collègues, que la Rédaction remercie vivement pour leur confiance. Elle invite ses adhérents, sympathisants et tous les enseignants à le diffuser largement.

La formation des professeurs d’histoire-géographie sacrifiée.

L’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020, a provoqué une commotion sans précédent au sein de la communauté éducative et de la société française tout entière. Quelques jours plus tard, l’hommage national qui lui était rendu soulignait la fonction essentielle des professeurs d’histoire-géographie dans la formation des futurs citoyens et appelait à la nécessaire revalorisation du métier.

Pourtant, oubliant ces vœux pieux, le ministère de l’Éducation nationale prépare une réforme de la formation des futurs enseignants qui est loin de répondre aux attentes des « acteurs de terrain », selon l’expression consacrée par la rue de Grenelle. Cette nouvelle réforme du Master enseignement mais aussi du concours du CAPES, qui avait fait l’unanimité contre elle, à tel point que le ministère avait dû la suspendre en février 2020, devrait en effet entrer en application à la rentrée universitaire 2021-2022. Alors que jusqu’ici les étudiants préparaient le CAPES dans la première année (au mieux) de ce Master, avant de devenir, en deuxième année, fonctionnaires-stagiaires bénéficiant d’un salaire mensuel de 1 400 euros nets, les futurs enseignants prépareront désormais le concours en deux ans, en étant sélectionnés au terme de la deuxième année durant laquelle ils devront tout faire à la fois : étudier des programmes conséquents, préparer un mémoire de recherche, apprendre à maîtriser et analyser les gestes professionnels d’un métier de plus en plus exigeant et faire un stage (plusieurs classes en responsabilité pendant une année scolaire) qui ne leur vaudra que 865 euros bruts par mois. Un véritable parcours de sauts d’obstacles qui découragera encore davantage d’étudiants de se présenter à un concours de moins en moins attractif… Cela risque d’avoir des conséquences désastreuses pour les élèves qui auront pour enseignants ces étudiants-professeurs stagiaires débutants et débordés.

Si le ministère fait des économies sur l’année de stage des futurs professeurs, il en fait également sur les formations, les volumes d’heures consacrés à la maîtrise des connaissances en histoire-géographie en Master étant drastiquement revus à la baisse. Pour toutes les disciplines représentées au concours du CAPES, cette réforme induira donc un affaiblissement de la formation des futurs enseignants, encore plus criant pour les futurs professeurs d’histoire-géographie qui doivent enseigner à leurs élèves deux disciplines, sinon trois, car ils assurent aussi bien souvent « l’enseignement moral et civique ».

Or la réforme en cours tend à gommer ces spécificités pour promouvoir une sorte de savoir-être et une professionnalisation de moins en moins ancrées dans des savoirs construits de manière rigoureuse. Elle a été envisagée pour uniformiser les modalités de formation de tous les enseignants. Derrière cette approche, il y a l’idée sous-jacente que ces derniers sont quasi interchangeables et que l’on attend d’eux de ne pas faire de vague : en témoigne la mise en place d’un nouvel oral, entretien de motivation devant le jury qui sera nécessairement formaté et qui prendra la place d’une épreuve scientifique et didactique appelant un travail de réflexion.

Cette réforme, qui pourra paraître complexe dans ses modalités, accroît par ailleurs les fragiles équilibres que les différents intervenants de la formation avaient tenté de trouver depuis la précédente réorganisation. Au nom d’une professionnalisation entendue de manière restrictive comme un apprentissage de techniques plus que comme une démarche réellement réflexive sur les enjeux du métier, l’approfondissement des connaissances, la formation à l’esprit critique, l’acquisition d’une culture générale sont littéralement sacrifiés, ce qui n’est pas le moindre paradoxe. Il s’agira désormais de former des techniciens de l’enseignement, à qui l’on demandera simplement de restituer un savoir officiel, dûment contrôlé.

Point n’est besoin de revenir sur la conception très centralisée de cette réforme, imposée verticalement avec de pseudo-consultations. Quant à l’avis des principaux intéressés – celui des étudiants, des futurs enseignants, des acteurs de leur formation –, il a été généralement ignoré. Ces acteurs se trouvent actuellement réduits à appliquer à la hâte, en pleine crise sanitaire, des décisions venues d’en haut avec lesquelles ils sont en parfait désaccord.

Comme toujours, les tenants des réformes ne manqueront pas de reprocher aux opposants leur conservatisme, leur esprit de routine ou leur manque d’ambition. Mais l’heure est grave : il s’agit d’alerter sur le sacrifice délibéré du savoir, de la connaissance et d’une démarche cohérente de professionnalisation au profit d’une conception précarisée de la formation et du métier de professeur. C’est la troisième réforme en une décennie : cela signifie qu’à ce rythme, il n’a pu être sérieusement tenu compte des conséquences des précédentes ; d’autres enjeux, politiques et idéologiques notamment, l’ont emporté.

Les signataires de ce texte ne peuvent que demander le retrait définitif de la réforme en cours et l’amorce d’un véritable travail collectif à la hauteur des enjeux actuels du métier. Au-delà de la formation des professeurs d’histoire-géographie, c’est celle des citoyens d’aujourd’hui et de demain qui est en jeu. C’est-à-dire l’avenir même de notre nation.

Les responsables de la formation des professeurs d’histoire-géographie d’une trentaine d’universités :

  • Christèle ALLES, PRAG géographie, co-responsable du master MEEF Histoire-géographie, INSPE- Université de Nantes
  • Gaïd ANDRO, MCF histoire, co-responsable du master MEEF Histoire-géographie, INSPE- Université de Nantes
  • Gwenaëlle AUDREN, maîtresse de conférences en géographie, master MEEF, INSPE Aix Marseille Université.
  • Alexandra BEAUCHAMP, maîtresse de conférences en histoire médiévale, co-Responsable du master MEEF Histoire Géographie, Université de Limoges
  • Virginie BABY-COLLIN, Professeure de géographie, co-responsable du master MEEF histoire-géographie, INSPE Aix Marseille Université.
  • Franck BAILLEUL, PRCE Histoire-géographie, formateur intervenant dans le Master MEEF Histoire-géographie, INSPE de la Guyane.
  • Ghislain BAURY, PRAG histoire médiévale, Le Mans Université.
  • Jérôme BELIARD, PRAG, co-Responsable du master MEEF Histoire Géographie, INSPE site de Nantes, Université de Nantes
  • Grégory BERIET, maître de conférences en histoire moderne et contemporaine, INSPE, Université de Guyane
  • Valérie BODINEAU, co-responsable du master MEEF Histoire-géographie, INSPE site du Mans, Université de Nantes
  • Xavier BONIFACE, PR d’histoire contemporaine, co-responsable du master MEEF Histoire-géographie, université de Picardie Jules Verne
  • Arnaud BRENNETOT, PR de géographie, co-responsable du master MEEF parcours histoire-géographie, Université de Rouen Normandie.
  • Hélène BRUNETON, MCF en géographie, coordinatrice du MEEF histoire-géographie pour le département de géographie, Aix-Marseille Université
  • Bruno CARLIER, MCF en histoire contemporaine, Université de Lille, Inspé site de Villeneuve d’Ascq.
  • Véronique CASTAGNET-LARS, MCF en histoire moderne, Université de Toulouse, INSPE
  • Philippe CHASSAIGNE, PR en histoire contemporaine, co-responsable du Master MEEF Histoire-Géographie, U. Bordeaux-Montaigne.
  • Dominique CHEVALIER, maîtresse de conférences-HDR en géographie, Université Lyon1-INSPE.
  • Caroline CHEVALIER-ROYET, maîtresse de conférences en histoire médiévale, co-responsable du Master MEEF histoire-géographie, Université Jean-Moulin – Lyon 3
  • Vincent CORRIOL, maître de conférences en histoire médiévale, co-responsable du Master MEEF histoire-géographie, Université du Mans
  • Jean-François COURCO, PRAG Histoire-Géographie, INSPE Lille-Nord-de-France, Université de Lille
  • Stéphanie DAUPHIN, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, Université de Lille, ex-membre du Jury du CAPES Histoire-géographie, INSPE Lille-Nord-de-France
  • Delphine DIAZ, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, Université de Reims Champagne-Ardenne, co-responsable du Master MEEF Histoire-géographie de l’INSPE de Reims, membre junior de l’Institut universitaire de France
  • Judicaelle DIETRICH, maîtresse de conférences en géographie, co-responsable du Master MEEF histoire-géographie, Université Jean Moulin – Lyon 3
  • Marguerite FIGEAC-MONTHUS, PR Histoire moderne et contemporaine, co-responsable du Master MEEF Histoire et Géographie, INSPE Université de Bordeaux.
  • Patrick GARCIA, PR histoire contemporaine, responsable académique parcours histoire-géographie 2e degré de l’académie de Versailles, 2013-2020, INSPE, CY Cergy-Paris Université.
  • Guillaume GARNIER, PRAG, co-responsable master MEEF parcours histoire-géographie, INSPE de Poitiers.
  • Sophie GEBEIL, Maître de conférences en histoire contemporaine, INSPE Aix-Marseille Université
  • Jean-Charles GESLOT, Maître de conférences en histoire contemporaine, responsable M1 MEEF Histoire-Géographie UVSQ/INSPé Académie de Versailles
  • Bénédicte GIRAULT, Maîtresse de conférence en histoire contemporaine, responsable du Master MEEF Histoire-Géographie CY Cergy-Paris université/INSPé Académie de Versailles
  • Lucie GOMES, Docteure en Sciences de l’Education, Formatrice premier et second degré parcours Histoire-géographie, INSPE Angers, Université de Nantes
  • Jean-François GREVET, MCF en histoire contemporaine, Université de Lille – INSPE site de Villeneuve-d’Ascq
  • Hervé GUILLEMAIN, PR histoire, Co-directeur du département d’histoire, Le Mans Université
  • Jean HALKO, responsable du master MEEF Histoire-Géographie, INSPE site d’Angers, Université de Nantes
  • Camille HOCHEDEZ, co-responsable master MEEF parcours histoire-géographie, MCF géographie, Université de Poitiers
  • Wandrille HUCY, MCF en géographie, co-responsable du master MEEF parcours histoire-géographie, INSPE Normandie Rouen Le Havre, Université de Rouen Normandie.
  • Emmanuel HUERTAS, Maître de conférences en histoire médiévale, Université Toulouse Jean-Jaurès, co-responsable du master MEEF parcours histoire-géographie de l’INSPE (Toulouse)
  • Anne JEGOU, maîtresse de conférences en géographie, co-responsable du master MEEF parcours histoire-géographie, université de Bourgogne
  • Maxime KACI, maître de conférences en histoire contemporaine, Université de Franche-Comté, INSPE (Besançon)
  • Aurélia KNAPIK, co-responsable du master MEEF parcours histoire-géographie, Université Paris-Nanterre
  • Fabien KNITTEL, Maître de conférences HDR en histoire contemporaine, université de Franche-Comté, responsable du parcours histoire-géographie du master MEEF de l’INSPE (Besançon)
  • Jérôme KROP, maître de conférence en histoire contemporaine, Université de Lille, INSPE site de Villeneuve d’Ascq
  • Fanny LE BONHOMME, MCF en histoire contemporaine, co-responsable du Master MEEF parcours histoire-géographie, Université de Poitiers
  • Patricia LEGRIS, MCF d’Histoire contemporaine, co-responsable du Master MEEF parcours histoire-géographie, Université de Rennes-2
  • Stéphane LEMBRE, Maître de conférences en histoire contemporaine, université de Lille, INSPE site d’Arras
  • Eric MONFORT, PRAG, co-responsable du master MEEF Histoire-géographie, INSPE site de Pau, Université de Bordeaux
  • Arnaud MONGELLA , co-responsable du master MEEF Histoire-géographie, INSPE site du Mans, Université de Nantes
  • Laurence MONTEL, MCF d’histoire contemporaine, co-responsable du parcours de Licence Métiers de l’enseignement, intervenante en master MEEF Histoire-géographie, Université de Poitiers
  • Stéphane MOURLANE, maître de conférences en histoire contemporaine, master MEEF, INSPE Aix Marseille Université
  • Benoît MUSSET, MCF histoire moderne, Le Mans Université.
  • Mari OIRY VARACCA, maîtresse de conférences en géographie, master MEEF, université Gustave Eiffel.
  • Annick PETERS-CUSTOT, Professeure d’histoire médiévale, ex-responsable du Master MEEF au titre de l’UFR d’Histoire, Histoire de l’art et Archéologie de l’université de Nantes, et directrice de l’UFR Histoire, Histoire de l’art et archéologie, Université de Nantes
  • Natalie PETITEAU, PR histoire contemporaine, responsable du MASTER MEEF au titre de l’UFR SHS de Avignon Université
  • Aurélien POIDEVIN, PRAG histoire contemporaine, co-responsable du master MEEF Histoire-Géographie, université de Rouen-Normandie
  • Géraud PUJOL, vacataire (Bi-admissible) histoire ancienne et médiévale, Master MEEF Histoire-Géographie, Université de Guyane.
  • Jenny RAFLIK, PR histoire contemporaine, co-responsable du master MEEF Histoire-Géographie, Université de Nantes
  • Pascal RAGGI, Maître de conférences HDR en histoire contemporaine, Université de Lorraine
  • Rita SOUSSIGNAN, Professeure d’histoire romaine, Le Mans Université
  • Christian STEIN, MCF d’histoire romaine, responsable UFR du master MEEF Histoire-Géographie de l’Université de Bourgogne
  • Agnes TACHIN, Maîtresse de conférences en Histoire contemporaine, Université de Cergy-Pontoise.
  • Guy THUILLIER, Maître de conférences en géographie, co-responsable du Master MEEF Histoire-Géographie, Université de Toulouse
  • Nicola TODOROV, responsable de licence, université de Guyane.
  • Amandine TOUITOU, PRAG géographie, responsable du Master MEEF Histoire-Géographie, INSPE de l’Université de Guyane
  • Samuel TRACOL, ATER, agrégé d’histoire, université de Guyane.
  • Mélanie TRAVERSIER, Maîtresse de conférences HDR en histoire moderne, responsable du master MEEF Histoire-Géographie, Université de Lille
  • Céline VACCHIANI-MARCUZZO, Maîtresse de Conférences HDR en géographie, co-responsable du master MEEF Histoire-Géographie, Université de Reims Champagne-Ardenne
  • Nadia VARGAFTIG, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, co-directrice du département d’histoire, Université de Reims Champagne-Ardenne
  • Christophe VERNEUIL, MCF histoire contemporaine, co-responsable du master MEEF Histoire-Géographie et responsable du master MEEF Lettres-Histoire-Géographie, INSPE d’Amiens, Université de Picardie.
  • Anne VEZIER, MCF Histoire et didactique de l’histoire, Université de Nantes, INSPE
  • Vincent VILMAIN, MCF Histoire contemporaine, Le Mans Université

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