L’aéroport, la patrimonialisation paradoxale d’un lieu générique Ressources pédagogiques

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Par Pierre Ageron. [1]

L’aéroport, la patrimonialisation paradoxale d’un lieu générique.

Cet article s’inscrit dans le cadre de valorisation de recherches doctorales menées entre 2009 et 2013 sur la figure de l’aéroport comme nœud d’un système de transport intermodal en émergence à l’échelle mondiale.

Le concept de « lieux de transports », développé par J. Lombard et B. Steck dans un article paru dans la revue Autrepart en 2004, guide alors une réflexion globale sur la réfutation du concept anthropologique de « non-lieux », développé par Marc Augé depuis 1992. Fort du postulat que tout objet géographique est « d’abord un lieu » (J. Lombard, B. Steck), le terminal aéroportuaire apparaît clairement comme l’espace spécifique d’un « territoire sans appropriation » (Tillous, 2008) où se mènent pourtant des interactions socio-spatiales spécifiques. Dans ce cadre et enseignant alors en BTS Tourisme, je m’interroge sur le concept conquérant de « patrimoine », dont Françoise Choay a signalé dès 1992 « l’inflation » pour montrer que le terminal aéroportuaire peut légitimement prétendre à cette catégorisation. Parmi les facteurs de cette légitimation, la métropolisation et la constitution d’une élite transnationale d’architectes (McNeil, 2009) sont parmi les plus puissants.

Si le système aérien et aéroportuaire mondial est au cœur du thème 3 de Seconde, sur les « Mobilités généralisées », le patrimoine est de plus un mot clé du programme de spécialité HGGSP de terminale dans son thème 4 « Thème 4 – Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques » Le caractère iconique de certaines aérogares et leur mise en scènes touristiques et dans l’imaginaire d’une urbanité mondialisée peut représenter un enjeu géopolitique. En effet, les aéroports apparaissent comme des manifestations d’influence de la part d’Etats qui font de leur situation un avantage comparatif (Turquie et le nouvel aéroport d’Istanbul ou trois Etats riverains du Golfe persique et leur gateway, défini comme porte d’entrée aérienne d’un territoire, de Dubaï, Doha et Abu Dhabi). On retrouve ici le paradoxe induit par la « valorisation et la protection du patrimoine [qui] peuvent être des vecteurs de développement mais aussi des sources de tensions et de concurrences ». Cet exemple peut être utilisé pour montrer « l’élargissement de la notion de patrimoine ».

1re partie

2e partie

3e partie

4e partie

Bibliographie

  • Augé, M. (1992), Non-lieux : introduction à une anthropologie de la surmodernité, Éd. du Seuil, Paris
  • Lombard J, Steck B. (2004) « Quand le transport est d’abord un lieu ! », Autrepart, vol. 32, no. 4, 2004, pp. 3-19.
  • McNeill D. (2009), The Global Architect : Firms, Fame and Urban Form, Cultural Spaces Routledge, London, 182 p.
  • Tillous, M. (2012), « Le territoire sans l’appropriation », Historiens et Géographes n° 419, août 2012, pp. 153-157.

© Pierre Ageron pour Historiens & Géographes, tous droits réservés, 28/02/2020

Notes

[1Docteur agrégé de géographie, CPGE Lycée Fustel de Coulanges, Strasbourg.