Le drapeau français peut être fier de Jean Zay ! Tribune libre

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La Rédaction du site internet national et de la revue Historiens & Géographes publie une série de tribunes libres afin d’ouvrir le débat dans le cadre des réflexions de la communauté éducative. Ces textes proposent des points de vue, des analyses qui appellent à la discussion. Ils n’engagent ni l’association ni la Rédaction.

Par Guy Brangier [1]

Jean ZAY au Panthéon, comment ne pas y voir un bel exemple d’une vie consacrée à servir son pays, et notamment sa jeunesse ?

Oui, à 19 ans, en 1920, le jeune étudiant Jean Zay a écrit un poème en prose, « Le drapeau », pour participer à un défi littéraire entre jeunes étudiants. Dans un contexte d’après guerre mondiale, avec 8 millions de mobilisés et 1,4 million de morts, dans une France devenue très pacifiste, chez les anciens combattants comme chez les jeunes, ce texte exprime d’abord sa compassion pour tous les morts de la guerre :« Laisse-moi pleurer ces quinze cent mille jeunes hommes qui sont morts ! », mais aussi sa colère et sa révolte contre une telle hécatombe : « Je hais tes sales couleurs, je hais le rouge de leur sang, le bleu que tu voles au ciel, le blanc livide de tes remords ! »

Mais ce texte, non public, non diffusé, qui n’était qu’un pastiche de potache oublié par Jean Zay lui-même (et qui l’a renié), a été exhumé chaque fois que Jean Zay a accédé à des étapes importantes de sa vie : dirigeant du parti radical, député d’Orléans, ministre du Front Populaire, prisonnier de Vichy... Qui avait intérêt à cet acharnement contre lui ? Des journaux et politiques d’extrême droite des années 1930. Pourquoi ? Parce que Jean Zay prêtait trop peu le flanc à la critique, alors il restait à cibler « le juif », « l’étranger », « l’antipatriote » (comme pour un certain Dreyfus « qu’on » avait accusé de trahir la France et de salir le drapeau).

Si le drapeau français symbolise les valeurs de la république française, alors oui, le drapeau français peut être fier de Jean Zay !

Il s’est engagé pour la liberté en s’enrôlant pour combattre en 39-40 alors que, ministre, il en était épargné. Il s’est engagé pour la liberté en s’embarquant pour aller en Afrique du nord continuer le combat contre l’Allemagne hitlérienne. Il s’est engagé pour l’égalité en permettant aux enfants des classes populaires d’accéder à une scolarité plus complète. Il s’est engagé pour la laïcité en obligeant « les querelles des hommes à ne pas entrer dans les écoles ».

Comment des associations qui se disent patriotiques ou de soutien à l’armée française ne peuvent-elles pas être fières de Jean Zay, patriote authentique s’il en est, qui a combattu pour son pays et contre la dictature, le payant de 4 ans de prison et de sa vie !

Est-ce d’un poème en prose de jeunesse, ressorti des corbeilles de la propagande et monté en épingle, dont il faut se choquer, encore et encore, ou de Français de la Milice qui, au nom du drapeau français, selon eux, celui détourné par la dictature de Pétain, sortent Jean Zay de prison en 1944 pour l’assassiner, à 39 ans, dans un bois et faire ensuite disparaître son corps ?

Oui, Jean Zay, ce n’est sans doute pas un saint laïc, mais c’est un exemple pour chaque Français !
Oui, Jean Zay, par ses actes d’homme public, c’est, et l’Histoire a rendu hommage à sa mémoire, l’honneur du drapeau français !

Guy Brangier

Les services de la Rédaction - Tous droits réservés. 29/05/2015.

Illustration en une : Jean Zay, Ministre de l’éducation nationale et des beaux-arts, au milieu d’élèves spectateurs d’une séance de théâtre de marionnettes. Réseau Canopé - portail du CNRD, DR, source

Notes

[1Professeur d’Histoire-Géographie honoraire, Membre de la Régionale APHG de Poitou-Charentes.