Pédagogie et Hauts lieux de mémoire en Île-de-France Les entretiens d’Historiens & Géographes

- [Télécharger l'article au format PDF]

Par Antoine Grande, [1] Rachel Guerroumi [2] et la participation de Marc Charbonnier pour Historiens & Géographes. [3]

Les Hauts Lieux de la Mémoire nationale d’Île-de-France enrichissent leur offre pédagogique...

Vecteurs concrets de transmission, les Hauts lieux de la mémoire nationale d’Île-de-France, composés du Mont-Valérien, du Mémorial des martyrs de la Déportation, ainsi que par le Mémorial national de la guerre d’Algérie et des combats de Maroc et de la Tunisie, donnent à voir et à comprendre l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, et permettent d’honorer les victimes de ce conflit ainsi que de la guerre d’Algérie. Les thématiques de la Déportation, de la Résistance, de la Répression, mais aussi de la collaboration sont étudiées et portées par deux de ces lieux.

À l’occasion de la sortie du programme pédagogique 2018, laissons la parole aux équipes qui élaborent ces activités adaptées aux demandes des enseignants ainsi qu’aux différents niveaux scolaires.

Quand est née l’équipe pédagogique ?

Mont-Valérien (MV) : Officiellement, l’équipe pédagogique est constituée en 2016 avec la mise en place d’un service dédié et la publication d’un premier programme renouvelé. Depuis quelques années, nous avions déjà commencé à travailler sur des projets d’ateliers ou des événements spécifiques. Pour l’année 2017-2018, nous avons développé un programme pédagogique commun entre le Mont-Valérien et le Mémorial des martyrs de la Déportation.

Mémorial des martyrs de la Déportation (MMD) : C’est un service plus restreint et très récent. Le service pédagogique des Hauts lieux de la mémoire nationale d’Île-de-France (HLMN-IDF) englobe ces deux sites, permettant aux équipes de travailler en synergie.

© Mémorial des Martyrs de la Déportation - Tous droits réservés.
La pédagogie au sein d’un lieu de mémoire, quels objectifs ?

Notre but principal est de transmettre aux jeunes générations, un discours historique et mémoriel nécessaire. Et cette transmission est rendue possible grâce à des lieux emblématiques de la République et de son histoire. Les Hauts lieux de la mémoire nationale d’Île-de-France apportent du sens dans la compréhension de l’organisation du système répressif nazi, et portent les valeurs de ces hommes et femmes, déportés, résistants, otages, Juifs ou communistes fusillés, qui sont de véritables rappels à notre histoire.

Comment se traduisent vos actions ?

MV : Le service pédagogique a mis en place des visites thématiques qui s’inscrivent dans la continuité des programmes scolaires. Ces visites permettent d’approfondir des sujets autour de la construction des mémoires de la Seconde Guerre mondiale, sur la place des étrangers dans la Résistance et au sein des victimes de la répression (20% des fusillés du Mont-Valérien), ainsi qu’autour de la compréhension fine des mécanismes de persécution et de répression.

De plus, pour la deuxième année consécutive, nous organisons un cycle de conférences « Les Rendez-vous du Mont-Valérien ». Ces rencontres, ouvertes à tous, sont des événements immanquables et nécessaires pour la compréhension de notre histoire contemporaine. [4]

Nos actions se traduisent aussi par des ateliers pédagogiques ajustés aux différents niveaux scolaires. Ceux-ci sont mis en place en partenariat avec l’Inspection académique (92) et l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG). Un premier atelier, intitulé À nos camarades fusillés au Mont-Valérien, a été conçu à destination des classes de CM2. Il permet de faire un retour sur les définitions, et l’explication des symboles marquants de la Seconde Guerre mondiale. À l’issue de l’atelier, les élèves sont amenés à réaliser des tracts, mettant en valeur ce qu’ils ont appris sur l’importance du symbole pendant la guerre. Un deuxième atelier, Les étrangers et les extra-métropolitains dans la Résistance s’adresse aux classes de troisième, se concentre sur les engagements spécifiques des étrangers et sur leurs parcours, tout en étudiant les politiques racistes et antisémites nazies et françaises. Nous mettons en avant des destins emblématiques, symboles de cette diversité (algériens, juifs polonais, russes…). Un dernier atelier est à destination des terminales, autour de la construction de la mémoire, proposée lors de la dernière année de lycée. Cette activité pédagogique Construire la mémoire, demandera aux élèves d’imaginer la construction d’un lieu de mémoire à présenter et à justifier face à un jury. L’objectif est de pousser les élèves à réfléchir aux façons de commémorer, de faire mémoire et de matérialiser ces engagements et réflexions au 21e siècle.

© Le Mont-Valérien - Tous droits réservés.
Avez-vous mis en place d’autres partenariats ?

MV & MMD : Nous avons initié et concrétisé des partenariats avec d’autres institutions historiques et culturelles majeures dans la région. Ces échanges ont donné naissance aux parcours entre institutions que nous proposons avec le Musée de l’Ordre de la Libération, les Archives départementales des Hauts-de-Seine et le mémorial de la Shoah. D’autres partenariats se matérialiseront dès la rentrée 2018, avec la mise en place de parcours avec le Musée national de l’Histoire de l’Immigration notamment. Enfin, nous travaillons à la mise en place d’un partenariat avec le Panthéon.

MMD : Au Mémorial des martyrs de la Déportation, situé au cœur de Paris, sur l’Île de la Cité, nous développons des actions ciblées autour de la transmission du souvenir de la Déportation, afin de rendre hommage à ces victimes et de mener à la réflexion les contemporains sur les enseignements à en tirer. Le site a renouvelé sa muséographie, en apportant depuis 2016, un éclairage sur l’ensemble des déportations, sur la Solution finale, mais aussi autour des mécanismes mis en place par les déportés pour refuser la déshumanisation du système concentrationnaire. Notre nouveau parcours pédagogique présente les formes de la terreur et de la lutte dans l’univers concentrationnaire et de la Shoah.

Dans cette optique, nous organisons des rencontres entre anciens déportés et groupes scolaires en complément de la visite guidée ou d’un parcours thématique. Enfin, le programme pédagogique mis en place pour cette année 2018, fera place aux actions transdisciplinaires, notamment à travers des représentations théâtrales sur le thème de la Déportation et de l’internement, notamment celui de la communauté des gens du voyage.

Au Mont-Valérien, comment se déroulent vos ateliers ?

MV : Ceux-ci sont créés pour aiguiser la curiosité des jeunes pour le patrimoine et l’histoire. Ils essaient aussi de favoriser l’interdisciplinarité. L’idée est de placer les jeunes dans un travail historique pour retracer les parcours des fusillés, pour se rendre compte de la diversité des engagements, mais aussi d’approfondir la visite et d’avoir, sous un angle différent, une transmission historique et mémorielle.

La partie « créativité et création » est un élément majeur dans la conception et la tenue de nos ateliers. On souhaite que les élèves fassent une restitution de ce qu’ils ont appris, compris et comment ils appréhendent la thématique.

Témoignage : « Les ateliers proposés étaient tout à fait intéressants : les élèves ont pu manipuler des documents d’archives. […] La fiche que les élèves devaient renseigner était claire, les questions ciblées sur un recto verso. Les lettres écrites par les condamnés ont vraiment touché les élèves. C’était en quelque sorte le point fort du dossier. » (Mme L. Professeur d’Histoire-Géographie en collège).
Quels sont les projets pour l’équipe pédagogique pour 2018 ?

MV : Pour 2018, nous travaillons à la mise en place de journées thématiques qui se feront sous différentes formes. Nous aimerions rendre hommage, avec les élèves, aux parcours des fusillés par les arts, comme nous l’avions fait en 2017, à travers une journée d’hommage à Missak Manouchian où un sculpteur était venu réaliser le buste du résistant. Nous aimerions aussi renforcer les projets franco-allemands notamment à travers la figure de l’aumônier Franz Stock. De plus, nous reprogrammons des visites théâtralisées « Ces étrangers de l’ombre » après le succès qu’elles ont reçu l’année précédente, ainsi que notre concours de dessin à destination des classes de CM2 des Hauts-de-Seine.

MMD : Au Mémorial des martyrs de la Déportation. Nous travaillons à la mise en place de conférences portant sur l’histoire de la Déportation et de l’internement en France. Ces rencontres, ouvertes à tous, reviendront notamment sur les actions et le rôle majeur du Réseau du Souvenir. De plus, nous continuerons de développer nos partenariats afin d’enrichir les parcours thématiques déjà mis en place. Enfin, nous allons organiser des représentations théâtrales sur le thème de la déportation et de l’internement qui permettront de donner un angle complémentaire et artistique à la compréhension de notre histoire.

MV & MMD : Enfin, nous participons au Concours National de la Résistance et de la Déportation – CNRD, pour cette édition 2017-2018, en tant qu’outil et vecteur pédagogique pour la préparation de ce concours.

L’intégralité de nos actions sont reprises dans le programme pédagogique des Hauts lieux de la mémoire nationale d’Île-de-France 2017-2018, n’hésitez pas à le consulter :

  • Sur notre site internet du Mont-Valérien : www.mont-valerien.fr
  • À nous contacter par e-mail : pedagogie@mont-valerien.fr

Les Hauts lieux de la mémoire nationale, propriété de l’État, sont placés sous la responsabilité du ministère des Armées (DPMA). Leur valorisation est confiée à l’ONACVG.

La programmation 2017-2018

Un partenariat APHG.

Voir également en ligne sur le site de l’APHG, « Les Hauts lieux de la mémoire nationale d’Île-de-France » ici

Un grand merci au Service de la Communication des Hauts Lieux de la Mémoire nationale d’Île-de-France et à Rachel Guerroumi. La Rédaction.

© Les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes via le service de communication des Hauts lieux de mémoire d’Île-de-France. Tous droits réservés. 10/03/2018.

Notes

[1Directeur des Hauts Lieux de la Mémoire Nationale d’Île-de-France, ONACVG.

[2Service de la communication des Hauts Lieux de la Mémoire Nationale d’Île-de-France, ONACVG.

[3Secrétaire général adjoint de l’APHG et secrétaire adjoint de la Rédaction de la revue Historiens & Géographes. Professeur d’Histoire-Géographie au Lycée Emmanuel Mounier (Châtenay-Malabry, Hauts-de-Seine).

[4« Les rendez-vous du Mont-Valérien » sont organisés par l’ONACVG et le ministère des Armées (DPMA) en partenariat avec la préfecture des Hauts-de-Seine et avec le soutien de l’Éducation Nationale et de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG). Les prochains rendez-vous : 11 avril, Tal Bruttmann « 1944, le durcissement répressif » ; 13 juin, Frédérique Neau-Dufour « De Gaulle et la mémoire » ; 10 octobre, Annette Wievorka « Les mémoires communistes du Mont-Valérien » ; 12 décembre, Hélène Mouchard-Zay « La répression par Vichy, l’exemple de Jean Zay ».