Aventures maritimes. Le cinéma s’affiche Compte rendu de lecture / Cinéma

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Par Yohann Chanoir. [1]

Institut Jean Vigo / Cinémathèque de Toulouse (dir.), Aventures maritimes. Le cinéma s’affiche, Arnaud Bizalion Éditeur, Arles, 2018, 18,50 €.

Cet été, une partie des collections d’affiches de l’Institut Jean Vigo et de la Cinémathèque de Toulouse, fait escale au château royal de Collioure. Le lieu s’accorde idéalement avec le thème de l’exposition consacrée aux aventures maritimes mises en scène au cinéma.

Le grand bleu

Cela n’étonnera personne. La mer sur les affiches et dans le matériel publicitaire, c’est d’abord une couleur. C’est naturellement un grand bleu qui est privilégié. C’est un raz de marée chromatique, une véritable déferlante, puisque on trouve du bleu sur 95% des affiches et sur 91% de la documentation publicitaire. La mer, c’est ensuite un décor pluriel, évoquée aussi bien par le grand large que la plage, le port et les docks que par les profondeurs.

Filmer la mer

Dès les origines du cinéma, on filme la mer. Les Frères Lumière en 1895 se déplacent à La Ciotat pour filmer la mer le long des golfes clairs. Mais cette expérience sera de courte durée. Pour des raisons techniques, la mer sur les écrans du premier cinéma est le plus souvent reconstituée sur des toiles peintes et des décors de carton pâte. Les premières machines supportaient mal les remous et le roulis, et il fallait ménager le public ! La mer était ainsi une mer de studio et les fiers navires des… maquettes. C’est après 1918 que les progrès permettent de mieux filmer sur l’eau et de célébrer la beauté et la force des océans.

Une mer plurielle

5 thèmes ont été choisis pour présenter la représentation de la mer sur les affiches et dans le matériel publicitaire. Le premier, les vacances à la mer, nous rappelle ce désir du rivage décrit par Alain Corbin [2]. Les affiches sont très diverses, parfois très stylisées comme celle vantant Les Vacances de Monsieur Hulot (Tati, 1952).

Affiche du film « Les Vacances de Monsieur Hulot » (Tati, 1952). Photographie prise par © Albert Montagne, 2018, tous droits réservés.

Le deuxième thème, ports, pêcheurs et marins, évoque aussi bien la mer nourricière (S.O.S. Pêcheur d’Islande, Schoendoerffer, 1959), que l’aventure, le départ, mais aussi la compétition entre l’homme et la femme (Fanny, Allégret, 1952), qui, on le sait, préfère la campagne. Ce combat finit souvent dans le sang, comme le rappelle l’affiche de La Lune dans le caniveau (Beinex, 1982), où une mer d’hémoglobine sépare et oppose une église haut perchée à un cargo, dessiné comme une véritable cathédrale des mers.

La thématique suivante, consacrée aux aventures, fait la part belle aux catastrophes. La mer n’est pas toujours d’huile. L’Aventure du Poséidon (Neame, 1972) rappelle la vague des productions spectaculaires. Le drame du Titanic (Negulesco, 1955 ; Cameron, 1998), souligne que les flots ne se domestiquent pas aisément. Ce chapitre montre aussi que les auteurs ne se contentent pas de l’écume des grandes productions. Car ils n’oublient pas de s’intéresser au cinéma bis, avec des titres comme Le Bateau de la mort (Rakoff, 1980) ou Les Monstres de la mer (Peeters, 1980). Car la mer au cinéma, c’est aussi des monstres, parfois bien improbables comme ces piranhas volants (!) filmés par James Cameron…

Pirates and Co nous renvoie à une page oubliée du septième art, celle des films de pirates, incarnés par des stars, tel Errol Flynn, qui était certes pirate de carton pâte, mais un vrai marin, et qui ne buvait pas que de l’eau douce. Les renaissances de ce « genre » avec notamment le cycle des Pirates de Caraïbes, n’égalent pas les titres d’hier avec Burt Lancaster, Anthony Quinn ou Christopher Lee. Les aventures de Jack Sparrow n’ont en l’occurrence rien d’une nouvelle vague. Le dernier thème est une évocation de la Grande Bleue, bien légitime pour qui connaît Collioure. Les affiches rassemblées déclinent cette couleur qui submerge les compositions.

Une invitation au voyage pour… 4 euros

Exposer, c’est choisir. On ne peut pas tout retenir et tout offrir, y compris dans un château. Ceux de ma génération regretteront peut-être l’absence d’une affiche, celle du Crabe-Tambour (Schoendoerffer, 1977), film somptueux qui donna à beaucoup l’envie de rejoindre (même le temps de quelques escales) les rangs de la Royale. Cette exposition, fort belle invitation au voyage, ravira nos collègues qui relâcheront pour des congés bien mérités, à Collioure et dans les environs. Le tarif est modique (4 euros) et le site est ouvert tous les jours de 10 h 00 à 19 h 00. Malgré une petite erreur p. 101 (le film Christophe Colomb de 1949 est anglais et non américain), que les cinéphiles se rassurent. Les affiches exposées à Collioure sont à bon port ! Pour ceux qui resteront à terre cet été, l’achat du somptueux catalogue s’impose.

Institut Jean Vigo/Cinémathèque de Toulouse (dir.), Aventures maritimes. Le cinéma s’affiche, © Arnaud Bizalion Éditeur - tous droits réservés.

Notre ami et collègue Albert Montagne a présenté l’exposition sur son site : https://albertmontagne.blogspot.com...

© Yohann Chanoir pour Historiens & Géographes - Tous droits réservés. 30/06/2018.

Notes

[1Agrégé d’Histoire, Professeur d’Histoire-Géographie en section européenne allemand au Lycée Jean-Jaurès de Reims, Secrétaire de la Rédaction de la revue Historiens & Géographes.

[2Alain CORBIN, Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage (1750-1840), Paris, Aubier, 1988.