Chefs d’œuvre de Budapest : Dürer, Greco, Tiepolo... Exposition Musée du Luxembourg

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Exposition 9 mars-10 juillet 2016.

  • Ouvert tous les jours de 10h à 19h
  • Nocturne les vendredis jusqu’à 21h30 Editions de la Réunion des musées nationaux –Grand Palais 2015
  • Catalogue de l’exposition, 248 pages, 165 illustrations, 35 euros
  • Album de l’exposition, 48 pages, 45 illustrations, 14 euros

Voir la bande-annonce en ligne : http://museeduluxembourg.fr/actuali...

Alors que le musée des Beaux Arts de Budapest, le célèbre Szépmüvészeti Muzéum ferme ses portes pour se lancer dans une vaste rénovation, les chefs d’oeuvre les plus remarquables du musée se retrouvent au Musée du Luxembourg.

L’idée d’un musée des Beaux Arts prend forme en 1871 par l’acquisition par l’Etat des 600 chefs d’œuvre de la collection des princes Esterházy. Elle se développe par la suite 1896 marque un tournant décisif : le Parlement décide de construire un vaste bâtiment pour réunir toutes ces trésors.

Le nouvel édifice a été construit dans un contexte d’essor économique et artistique. Il ouvre ses portes en 1906 et attire les habitants de Budapest.

Parcours de l’exposition

I. La fin du Moyen Age

L’exposition invite le visiteur à s’interroger sur la fin du Moyen Age. Le XVe siècle est considérée comme une période charnière, où diversement selon les pays, la Chrétienté s’oriente vers les Temps Modernes Mais cela s’étale depuis les émules de Giotto jusqu’aux premières années du XVIe siècle. Au delà de la ferveur pour la Vierge et les saints dont témoignent toutes ces œuvres, la place prépondérante donnée l’art hongrois rappelle certains moments forts de son histoire, à commencer par les règnes de Sigismond de Luxembourg (1387-1437) qui réunit sous le même couronne la Bohême et la Hongrie et voit la floraison d’un art raffiné, plein de douceur. Deux sculptures rappellent les deux rois qui ont joué un rôle essentiel dans la construction du royaume de Hongrie au XIe siècle Saint Etienne et Saint Ladislas de Hongrie (bois de tilleul , traces de dorure et de polychromie). Le métissage entre gothique tardif et influences italiennes (La Présentation de Jésus au Temple par le Maitre d’Okolicsno rappelle encore vers 1500 le rôle actif joué par le grand roi humaniste Matthias Corvin (1458-1490) dans l’importation des formes nouvelles de la première Renaissance italienne

II. Renaissance germanique

Au XVIe siècle, l’Europe centrale est en grande parte formée d’une nébuleuse de petits Etats réunis sous l’autorité d’un Empereur élu par un collège de princes Les Habsbourg d’Autriche dominent toute la période : leurs territoires et leur influence ne cessent de s’étendre au-delà des frontières de l’Empire, depuis l’Espagne jusqu’à la Hongrie. La personnalité qui domine est celle de Charles Quint, le grand rival de François 1er.

Albrecht Dürer, Portrait d’un jeune homme , vers 1500-1510, huile sur panneau de sapin, 42,8 x 34,5 cm. Budapest, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016 En savoir plus sur http://www.evous.fr/Exposition-Chefs-d-oeuvre-de-Budapest-

Dans les contrées situées entre le Rhin et le Danube, une Renaissance originale voit le jour, tendant à s’affranchir des modèles italiens pour explorer la vie nouvelle ouverte par Dürer (Portrait d’un jeune homme, vers 1500-1510. Des artistes comme Lucien Cranach l’Ancien et son atelier Lamentation sur le Christ mort, vers 1515-1516 et Albrecht Altdorfer (La crucifixion) vers 1518-1520 ou (Salomé avec la tête de Saint Jean –Baptiste ), entre 1526 et 1530 scrutent la figure humaine et la nature Dans leurs œuvres qualifiées faussement de « l’école du Danube » le paysage, minutieux, foisonnant, expressif, prend une place nouvelle. Des foyers et de nouvelles formes d’art se développent avec éclat à la cour de l’empereur Rodolphe II installé à Prague en 1586.

III. Cinquecento

Au XVe siècle, les territoires du nord de l’Italie, disputés entre la République de Venise et le duché de Milan ; se laissent progressivement séduire par les formes nouvelles de la Renaissance toscane. Mais le XVIe siècle que les italiens désignent sous le nom de Cinquecento, y voit la naissance de deux écoles profondément originales Tandis que Venise est dominée à la fin du XV e siècle par Giovanni Bellini , dont la leçon est perceptible dans le Christ Mort de Marco Bassani, Milan accueille en 1482 Léonard de Vinci. Toute une génération d’artistes, tels Giovanni Antonio Boltraffio (Vierge à l’enfant) ,vers 1495 et Bernardino Luini (La vierge à l’enfant, avec Sainte Elizabeth et le petit saint Jean Baptiste), vers 1525, est inspirée par le grand génie florentin.

A Venise, la mort de Bellini en 1516 laisse la place à Titien dont le travail sur la couleur définit une nouvelle ère dans l’art vénitien. Véronèse (Paolo Caliari, dit Véronèse (Portrait d’homme), vers 1555 de et Tintoret (Jacopo Robusti, dit Tintoret (Hercule chasse Faunus du lit d’Omphalie), vers 1585 suivent dans son sillage. La religion inspire largement les peintres, mais l’art profane se développe et puise ses thèmes dans la mythologie antique.

Dans la seconde moitié du XVIe siècle, les influences lombarde et vénitienne se rejoignent dans une ville comme Bergame. Giovanni Battista Morini s’illustre dans le portrait (Portrait de Jacopo Contadini ?), vers 1585.

IV. Un nouvel élan religieux

Au XVIe siècle, la Renaissance suit en Italie la voie du maniérisme au risque de se perdre sous la prolifération des motifs et des effets de style à l’heure où la Réforme se diffuse en Europe, l’Eglise attaquée de toutes parts réunit un Concile à Trente en 1563 Il est question de rétablir la lisibilité de l’image religieuse, sa décence et sa fonction.

L’Eglise réaffirme son rôle d‘instruction collective et de support de la piété individuelle. Véronèse renoue avec un genre de composition classique (Paolo Caliari, dit Véronèse Le christ en croix), vers 1580. Greco explore une autre voix, susciter l’empathie du fidèle par l’émotion (Domenikos Theotokopoulos, dit Greco Marie-Madeleine pénitente), vers 1576. La vie des saints et des héros bibliques est érigée en modèle Peu à peu l’art devient théâtral. Cette évolution se poursuit au XVIIIe siècle et culmine comme dans le grand retable baroque (Giambattista Tiepolo, Apparition de saint Jacques à la bataille de Clavijo), vers 1749-1750.

V. L’Age d’or hollandais

Menées part la Province d’Orange, Guillaume le Taciturne, la Hollande et les provinces du nord des Pays Bas se sont affranchies de la tutelle des Habsbourg pour former en 1581 la République indépendante des Provinces-Unies. Portée par un essor économique et démographique, la République traverse au XVIIe un siècle d’or, marqué une production artistique très originale. Aux centres déjà influents comme Haarlem s’ajoutent de nouveaux pôles de création avec des artistes tels que Rembrandt van Rijn à Amsterdam (Maison paysanne hollandaise dans le clair-obscur), 1635 ou 1636 et Pieter de Hooch (Femme lisant une lettre devant la fenêtre ouverte), 1664 à Delft.

Dans ce pays protestant l’art religieux a perdu de son importance au profit de l’art profane. Mais les peintres deviennent les maîtres incontestés des scènes de la vie quotidienne, des paysages et des natures mortes depuis les architectures de Bartholomeus van Bassen (Le tombeau de Guillaume le Taciturne dans une église imaginaire), vers 1620 jusqu’aux portraits de Franz Hals (Portrait d’Homme), 1634 , en passant par les joyeuses compagnies de Jan Steen (Une joyeuse compagnie, dit la famille des chats), vers 12673-1675.

L’art des Pays Bas représentait, avec 263 numéros, près de la moitié de la galerie de Nicolas II Esterhazy.

VI. Caractères

Cette section s’affranchit des bornes chronologiques et géographiques pour rassembler un site de famille, une façon d’incarner l’atmosphère si particulière qui se dégage des collections de Budapest. La confrontation des deux hommes barbus éclaire une recherche fondamentale. Mais ces dialogues, ces regards croisés créent un plaisir qui nous rapproche de l’artiste. On trouve le même regard rêveur dans le portrait d’Adam Manyoki par lui-même (Autoportrait) vers 1711 et celui de Ceruti, La Jeune paysanne à la quenouille, vers 1840. Si l’on rapproche Fûssli (La femme de l’artiste) vers 1890 et Goya, (Portrait de Manuela Camas y de las Heras, épouse de Juan Cean Bermudez), vers 1792-1793 ? c’est pour imaginer la conversation des deux dames ; Goya avec La porteuse d’eau, la Aguadora) entre 1808 et 1812, annonce Manet dont La dame à l’éventail ou La Maîtresse de Baudelaire présente le même mélange de fierté et de franchise.

VII. La nouvelle peinture

La collection du musée des Beaux Arts de Budapest comporte une section de très haute qualité, consacrée à l’art français impressionniste et post impressionniste construite depuis 1906 la nature morte Le Buffet de Cézanne, L’Estacade de Trouville, (1870), Trois bateaux de pécheurs de Monet. Le modèle français attire de nombreux peintres dont les plus célèbre Mihaly Munkacsy, qui développe un réalisme expressif qui va d’une dureté spectaculaire comme dans Le portrait de Listz, (1896) à la plus grande liberté dans l’étude préparatoire L’homme à la cape (1874) pour son grand tableau Le Mont-de-Piété. Jean-François Millet, La Précaution maternelle (entre 1855 et 1857) qui a suscité l’admiration de Van Gogh (Femme tricotant à la fenêtre, 1885).

Karol Ferenczy est considéré comme « le père de l’impressionisme hongrois », illustré par La femme peintre (1903).

Édouard Manet, La Maîtresse de Baudelaire , ou La Dame à l’ éventail (1862). Jeanne Duval : l’ami du poète, qui écrivit au sujet de cette belle métisse « Honte à toi, femme adultère qui m’a appris à aimer, et de honte et de colère... » venge-t-il Baudelaire en la montrant vieillissante et handicapée d’une jambe ? En savoir plus sur http://www.evous.fr/Exposition-Chefs-d-oeuvre-de-Budapest-

VIII. Symbolisme et modernité

Rattachée à l’Autriche en 1867, la Hongrie traverse une période d’essor économique et artistique qui se poursuit jusqu’au début du XXe siècle. Sa capitale, née de la fusion entre Buda et Pest en 1872, est en pleine expansion. Les artistes hongrois s’ouvrent vers l’Europe, vont se former à Vienne ou Munich, parfois Paris. L’art hongrois se partage entre le désir de se mesurer à l’Europe et la recherche d’une identité nationale. L’exposition évoque l’admiration de Pal Szinyei Merse pour Arnold Böcklin (L’Alouette), 1882 au début des années 1880 et les rapports de Janos Vasary (L’Age d’or), 1898 avec la Sécession munichoise, l’attirance de Jozsef Rippi-Ronai pour les Nabis (Femme à la cage), 1892.

En 1919 la dislocation de l’Empire austro-hongroise et l’échec du premier gouvernement communiste ouvrent à Budapest une période trouble marquée par la diaspora. Exilés à Vienne ou à Berlin, les artistes hongrois poursuivent leurs travaux et participent aux avant-gardes du XXe siècle.

Gageons que l’exposition du Musée du Luxembourg séduira le public français qui découvrira des chefs d’œuvres hongrois inconnus.

Activités de médiation

  • Visite-guidée de l’exposition durée 1 h 15. A partir de 13 ans : Une plongée dans l’art européen du XIVe au XXe.
  • Visite famille : Ma petite histoire de l’art, Durée : 1h
    Découverte des grands peintres et sculpteurs à travers les pays et les siècles
  • Atelier enfants, 6-10 ans. Sacrés caractères !
    Figures imaginées à partir des collections des musées de Budapest. Une invitation à jouer avec certaines œuvres du Musée pour se créer un personnage, voyageur imaginaire d’un certain passé ou à venir. On utilise le mime, un jeu de rôles et enfin le collage et le dessin pour restituer cette expérience. En présence d’une artiste plasticienne.

Conférences

Institut hongrois, 92, rue Bonaparte, 6e arrondissement de Paris.

Présentation de l’exposition, le 17 mars à 18h30.
Avec Laurent Salomé, commissaire de l’exposition, directeur scientifique de la Réunion des Musées nationaux-Grand Palais et Anne-Sophie Kovacs, attachée de conservation au Musée des Beaux-arts de Budapest.

Budapest perle du Danube. La naissance d’une métropole, mardi 12 avril à 18h30
Avec Noémi Saly, historienne de la littérature, muséologue au musée Hongrois du Commerce et de l’Industrie et de l’Hôtellerie à Budapest.

Budapest-Paris : les artistes et les photographes hongrois à Paris au XXe siècle, mercredi 11 mai à 18h30. Avec Enikö Roka, historienne de l’art, directrice du Musée de Kiscell.

Dialogue autour d’un chef d’œuvre, le 5 avril et le 7 juin à 18h30
Avec Cécile Maisonneuve, commissaire de l’exposition, chargée de mission, conseil scientifique de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais et un artiste

  • La femme à la cage, Rippl-Ronai
  • La jeune fille endormie, peintre anonyme du XVIIe siècle

Entrée gratuite, réservation obligatoire sur http://museeduluxembourg.fr/

Evénements culturels

  • Nuit européenne des musées : samedi 21 mai, de 19h30 à 1h. Avec la Cour des Contes.
  • Fête de la Musique : concert des virtuoses, mardi 21 juin, de 17h à 21h.
    Trois jeunes musiciens déambulent entre le Musée du Luxembourg et l’Institut hongrois.
  • Semaine littérature hongroise (16 mai-22 mai) :temps dort en bibliothèques .mise en valeur du fonds Europe de l’Est / Hongrie de la bibliothèque municipale André Malraux, 112, rue de Rennes, Paris 6e.
    Partenariat avec l’Institut hongrois 92, rue Bonaparte, 6e
  • Conférence -concert Franz –Liszt, 19h à l’Institut hongrois.
    Avec Jean-Claude Menou, conservateur général du patrimoine, ancien président de la Fondation Cziffra et Zoltan Varga Gergö, pianiste.
  • Cinéma pour piano 2003  : jeudi, 20 h, à l’Institut hongrois.
    Réalisateur : Sandor Sillo, Compilation de films d’archives muettes sur Budapest sur une proposition de Béla Bartok, Microcosmos.

La billetterie en ligne : http://museeduluxembourg.fr/billetterie

Paris, le 12 mars 2016. © Les services culturels de la revue Historiens et Géographes.Tous droits réservés.