Chevaliers et bombardes. Azincourt / Marignan (1415-1515) Musée de l’Armée

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Exposition « Chevaliers et bombardes. Azincourt / Marignan. 1415-1515 » au Musée de l’Armée - Hôtel des Invalides, à Paris. Du 7 octobre 2015 au 24 janvier 2016.

Compte-rendu de la Conférence de presse suivie pour l’APHG par Aleth Briat et Violeta Martinez-Auriol [1]

Les expositions de l’Hôtel des Invalides se succèdent désormais à un rythme régulier, sur les sujets les plus variés, mettant en valeur la richesse des fonds du Musée et la volonté de les faire partager. Celle-ci ne déroge pas à cette ligne.

De la Guerre de Cent Ans, avec Azincourt en 1415, qui décime la noblesse française et met fin à la guerre féodale, à Marignan en 1515, qui voit la victoire de François Ier sur les troupes suisses, un basculement s’est produit qui affecte la société entière.

L’exposition s’ouvre, avec à propos, par un grand panneau sur la généalogie des grandes familles régnantes. Il permet de comprendre, dès l’abord, le mélange étroit entre affaires de famille et affaires politiques.

Puis, elle propose un parcours chronologique et thématique dont voici les temps forts :

  • Archaïsmes tactiques, nouveautés techniques
  • Le temps des réformes et des expériences
  • Les Guerres d’Italie et les succès de l’artillerie française

Soulignons d’abord l’efficacité et la beauté de la muséographie qui fait alterner des objets variés, et même des pièces exceptionnelles venant des réserves du Musée, des Institutions françaises comme la Bibliothèque nationale de France, le Musée du Louvre, mais aussi de Musées régionaux (par exemple Rennes pour l’extraordinaire canon de François Ier). Les Institutions étrangères ont consenti des prêts importants, comme les Royals Amouries de Leeds, le Louvre Abu-Dhabi, le Kunsthistoriches Museum de Vienne, l’Historisches Museum de Bâle et la Frick Collection de New-York ; c’est dire que l’on va trouver l’art du métal, la sculpture, la peinture, l’art du parchemin, la céramique… pour recréer une époque.

Le Musée de l’Armée DR

Ensuite, la « mise en scène » pour présenter les œuvres : le choix de mettre des « séquences (...) qui permettent aux visiteurs de retrouver l’échelle d’un ost (armée de campagne à l’époque féodale) en ordre de bataille, aux côtés des reconstitutions présentant l’image du combattant, l’organisation militaire et politique en France et dans les autres Nations… » est particulièrement bienvenu. Les costumières ont recréé des costumes flamboyants pour les cavaliers suisses et les métallurgistes du Musée et ont retravaillé des objets pour construire ces séquences.

http://www.musee-armee.fr/

Ainsi, chaque thème traité est enrichi d’un « zoom » dont voici la liste du parcours de visite :

La naissance de l’Etat moderne et la mise au point de l’artillerie.
L’artillerie de siège  : géants de fer, monstres de feu. ZOOM : la bombarde dite de Bâle de Jean Gambier (?) entre 1420 et 1430. Le « livre du secret de l’art de l’artillerye et cannonerye ». (Bnf entre 1450 et 1500).
• Le temps des réformes et des expériences. ZOOM : les Ordres de chevalerie. Collier de l’Ordre de la Toison d’Or (Louvre Abu Dhabi).
• L’affirmation de l’Etat  : entre modernité et tradition. ZOOM : canon de François Ier sur affût reconstitué. (Vers 1520). Ange de Jean Baret (Lyon, 1475).
François Ier, Roi Chevalier.

Deux récits de bataille encadrent le parcours : la Bataille d’Azincourt (Tableau anonyme. Récit d’Enguerrand de Monstrelet. Chroniques du XVe siècle. Bnf). La bataille de Marignan - « Le Roi chargeant les Suisses à Marignan » (Détail dans Cicéron, Oraisons. Première moitié du XVIe siècle. Bnf).

Selon les centres d’intérêt, on pourra retenir telle ou telle pièce, comme les cinq bassinets dits « à bec de passereau » ou l’épée d’un connétable de France (1500). Nous avons particulièrement apprécié les parchemins de la Bibliothèque nationale de France : traités techniques sur les grands progrès de la métallurgie et de la chimie des ingénieurs militaires de l’époque au service du Roi. En même temps, ils illustrent cette tradition de l’Art du Livre si particulière du Moyen Age.

Un clin d’œil pour finir à propos des dernières armures présentées : en 1815, les armées victorieuses, les Anglais en particulier, ont cru se saisir de l’armure de François Ier - c’est de « bonne guerre » - mais trompés, ils sont repartis avec celle de Bayard... Dépités, ils l’ont rendue par la suite.

Monsieur le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian a inauguré l’exposition Chevaliers et bombardes. D’Azincourt à Marignan, 1415-1515. DR

Comme toute bonne exposition aujourd’hui, le parcours est jalonné de dispositifs multimédias (mais sans en abuser). Une programmation complète l’exposition par des conférences, des séances de cinéma et des concerts. Un catalogue bien sûr, pour approfondir et prolonger : la 3e partie est bienvenue avec ce chapitre intitulé « de l’Histoire à la Mémoire ».

Une exposition très réussie, qui s’impose pour les élèves des collèges et des lycées (classe de 5e et de 4e, classe de seconde, mais que les étudiants d’histoire verront avec grand intérêt) ; de même que les familles qui viennent avec leurs enfants (des jeux leur sont proposés, des zooms sur certains objets... Un regret, toutefois : la Renaissance qui émerge de ce monde féodal est à peine esquissée.

Violeta Martinez-Auriol pour Historiens & Géographes, tous droits réservés.

Paris le 14 octobre 2015

Exposition « Chevaliers et bombardes. Azincourt / Marignan. 1415-1515 » au Musée de l’Armée - Hôtel des Invalides, à Paris. Du 7 octobre 2015 au 24 janvier 2016.

Commissaires : Sylvie Leluc, Antoine Leduc, Olivier Renaudeau, David Guillet. Ouverte tous les jours (sauf 25/12 et 01/16) de 10h à 18h (jusqu’au 31 octobre) de 10h à 17h (dès le 1er novembre). Métro 8 (La Tour-Maubourg), Métro 13 (Varenne), RER C (Invalides).

Les services culturels de la rédaction d’Historiens & Géographes. Tous droits réservés. 19/10/2015.

Notes

[1Membres de la Rédaction d’Historiens & Géographes.