Exposition « 1 milliard d’obus, des millions d’hommes » L’artillerie en 14-18 - Musée de la Grande Guerre Pays de Meaux

- [Télécharger l'article au format PDF]

Exposition au Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux
« 1 milliard d’obus, des millions d’hommes. L’artillerie en 14-18 ».
21 mai - 5 décembre 2016
Tél : 01 83 69 05 60
Voir en ligne

Renseignements et réservations des rendez vous culturels : 01 60 32 10 45 ou sur réservation : museedelagrandeguerre@meaux.fr

Compte-rendu par les services culturels de la revue Historiens & Géographes.

La visite de presse s’est effectuée avec 5 guides les commissaires de l’exposition Gilles Aubagnac, chef du service conservation au Musée de l’air et de l’espace, Johanne Berlemont, responsable du service conservation du Musée de la Grande Guerre, Sylvie Leluc, conservateur du département artillerie du Musée de l’Armée, Patrick Renoult, responsable du Musée de déminage, Michel Rouger, le directeur du Musée de la Grande Guerre de Meaux.

Le sujet de l’artillerie est abordé à travers trois angles complémentaires que sont les matériels, les hommes et les batailles.

Les matériels

En 1914, aucun des belligérants n’a prévu le rôle décisif que va jouer l’artillerie. Son importance avait été anticipée lors des conflits précédents (Guerre sino-japonaise, guerres balkaniques), mais dans la doctrine militaire, elle reste au début du conflit une arme auxiliaire au service de l’infanterie. La guerre de position va obliger les pays en guerre à s’adapter et à développer l’artillerie sur les plan tactique, technique, industriel.

En 1914, la France s’appuie surtout sue une artillerie de campagne avec le canon de 75 La guerre de tranchée qui immobilise les troupes impose la création d’une artillerie de tranchée pour atteindre, par un tir courbe la tranchée adverse. Sous l’impulsion des états-majors, se développe l’artillerie lourde à longue portée pour écraser les lignes ennemies avec des obus de plus en plus performants. Des obus différents pour un même calibre en fonction de l’objectif recherché : à balles, à mitraille, explosif, à fragmentation, incendiaire, de rupture, toxique. La moyenne mensuelle de production mondiale est multipliée par 30 entre 1914 et 1918 : de 1 300 000, on passe à une production de 40 000 000 d’obus en 1918.

Les Hommes

Les rangs de l’artillerie pendant la guerre révèlent un grand brassage social des recrues représentant toutes les facettes de la société française de l’époque. L’artillerie recrute principalement parmi les métiers manuels et techniques : ouvriers, mécaniciens, conducteurs. Elle demande un personnel pour la conduite hippomobile et les soins aux chevaux, personnel majoritairement issu des populations paysannes et rurales : bourrelier, charron pour l’entretien des nombreuses roues de l’artillerie de campagne, maréchal-ferrant…

Les officiers d’artillerie sont souvent au début de la guerre issus de l’Ecole Polytechnique. Ils possèdent les références scientifiques et techniques pour les calculs de trajectoire, la portée des obus, les données météo, de température.

Les qualités de l’artilleur doivent être nombreuses : le goût du travail en commun, de la rigueur et de la méthode avec le souci de la précision et le sens de l’initiative. L’artillerie reste l’arme savante.

Autour de chaque pièce de canon en particulier le canon de 75 mm, il y a une équipe.
Le tireur situé à droite du canon qui ouvre et ferme la culasse et actionne le tire feu qui fait partir l’obus.

Le pointeur situé à la gauche du canon, il veille à ce que celui-ci reste pointé sur son objectif.

Le chef de pièce dirige la manœuvre, c’est souvent un sous-officier.

Le chargeur change l’obus dans la culasse.

Le déboucheur règle les fusées des obus selon les instructions reçues. Ce réglage permet à l’obus les plus souvent à balles d’exploser en l’air à une distance donnée.
Le pourvoyeur extrait les obus du caisson et le tend au déboucheur. Un second pourvoyeur (approvisionneur) passe l’obus au chargeur.

Le 75 mm va être muni d’un dispositif (le malandrin) pour s’adapter au tir courbe. Mais d’autres armes se développent : mortier de tranchée (crapouillot, minnenwerfer, grenades …)

Les effectifs doublent : l’artillerie compte en 26 000 officiers, 1 000 000 de sous-officiers et de soldats soit 22% de l’effectif total, alors qu’elle n’en représente que 12% lors de la mobilisation.

L’utilisation de l’artillerie est responsable du plus grand nombre de tués et de blessés sur le champ de bataille (3/4 des pertes et des blessures les plus terribles (dont 15 000 gueules cassées). Les éclats d’obus blessent, tuent, mutilent, déchiquètent les vivants et les morts, abasourdissent et rendent presque fous les survivants.

Les batailles

Dans l’histoire de l’artillerie, la Grande Guerre marque une accélération croissante. Le bombardement massif devient une réponse au blocage stratégique.

L’artillerie dans la bataille de la Marne

Pendant les combats d’août 1914, le canon de 75 prouve son efficacité sur les troupes à découvert mais la tactique de l’appui d’infanterie sans préparation conduit à de graves échecs ? Fin août, le général Joffre généralise la préparation de toute attaque par l’artillerie. Pendant la bataille de la Marne, certains corps pratiquent le tir à longue portée ainsi que des tirs de barrage pour protéger l’infanterie. Après la bataille « notre glorieux 75 » est vécu comme un héros national.

L’artillerie dans la bataille de Verdun

La bataille de Verdun consiste principalement en une formidable bataille d’artillerie, qui s’étire de février à décembre 1916. Pour les Allemands le rôle de l’artillerie est d’écraser les positions françaises les unes après les autres. Les Allemands disposent d’une proportion inédite de canons : 542 canons lourds pour 302 canons de campagne.

L’artillerie dans la bataille de la Somme

La bataille de la Somme est le terrain de terribles luttes d’usure ainsi lors du bombardement allié de 7 jours qui précéda l’offensive du 1er juillet 1916, 1 500 000 obus furent tués par les seuls artilleurs britanniques.

En conséquence l’artillerie est devenue « la reine des batailles », détrônant l’infanterie.

La Grande Guerre tue encore aujourd’hui

Les obus non explosés sont présents sous les champs de bataille, dans les environs des zones de dépôt. Certains ont été abandonnés, cachés, perdus, emportés même par des Poilus. Ils représentent un risque variable selon leur nature, leur état mécanique, leur vieillissement, et surtout l’inconscience des personnes qui les découvrent et les manipulent.

Chaque année les services de déminage ramassent près de 500 tonnes de munitions, tous conflits confondus (dont 300 pour la Grande Guerre). L’exposition montre ce travail des démineurs. L’Association des Démineurs de France et le Bureau de Déminage de la Sécurité civile ont prêté de nombreux projectiles et pièces d’artillerie exposés.

Une exposition ouverte à tous

Est-ce une exposition pour les connaisseurs de l’artillerie Non ! La scénographie et la médiation ont été travaillées avec beaucoup de sensibilité afin de proposer un accompagnement sur mesure pour l’ensemble des visiteurs spécialistes ou novices
Accessible dès 8 ans et également pour les visiteurs en situation de handicap visuel et auditif, l’exposition présente de nombreux outils de médiation.

Des passeports remis gracieusement à l’entrée de l’exposition pour découvrir celle-ci dans la peau d’un artilleur, d’un ingénieur chimiste, d’une « munitionnette » (tourneuse d’obus) ou encore d’une infirmière autant de parcours de vie liés à l’artillerie.

Des objets à toucher, à peser ou à soulever comme une fusée d’obus remplie de balles ou un plan en relief du canon de 76mm pour mieux appréhender les différents matériels.

  • Une fresque de 25 m de long pour comprendre le gigantisme des armes (est représenté à l’échelle 1 : un crapouillot d’artillerie de tranchée), un canon de 75m/m, un canon de 155m/m (artillerie lourde et un ALVF (artillerie lourde sur voie ferrée) de 340m/m sur affût Schneider.
  • Une pluie d’obus invitant le visiteur par un jeu de miroirs à imiter l’attitude du soldat recroquevillé face aux explosions.
  • 13 vidéos sous forme de dialogues courts entre spécialistes et candides pour répondre de manière simple et ludique à des questions concrètes, telles que : « Qu’est qu’un obus ? Quelle est la différence entre l’artillerie lourde et l’artillerie légère ? Pourquoi les obus avaient ils une forme cylindrique ? ».Une médiation a été menée en partenariat avec 2 classes de Cm2 (école de Testan, Nanteuil –les Meaux) et une classe de Première ES (lycée Emile du Chatelet, Senlis).
  • Une application numérique « Autopsie d’un obus » pour disséquer les diverses facettes d’un obus.
  • Une vidéo d’introduction en Langue des Signes français pour présenter l’exposition et de l’audiodescription en partenariat avec la Bibliothèque sonore de Meaux.

L’exposition s’adresse aux élèves de CM2, aux collégiens en 3e et les lycéens en classe de 1re.

La programmation culturelle autour de l’exposition

Démonstrations de tir au canon :
dimanche 4 décembre, à l’occasion de la fête de la Saint Barbe, patronne des artilleurs.

L’artillerie en 14/18 : au cœur du conflit
Visite guidée dimanches 3 juillet, 4 septembre, 4 décembre à 14h30
S’articulant autour des hommes, des matériels et des combats, cette visite de l’exposition temporaire plonge le visiteur au cœur de la guerre industrielle et totale : recherches et innovations, production intensive et bouleversement des sociétés.

Artiflots
Visite en famille
Dès 8 ans, mercredi 13 juillet ,10 et 31 août et jeudi 20 et 27 octobre à 14h30
La Grande Guerre a montré l’importance du rôle des artilleurs, dits « artiflots », lors des batailles. A travers l’exposition temporaire, enfants et parents observent l’évolution du matériel, témoin des progrès, des morts et des blessures de ce temps.

Au cœur de l’artillerie
Visite guidée dans le cadre des journées européennes /gratuit
Samedi et dimanche 18 septembre à 14h30, 15h30et 16h30

Du cheval de guerre à la guerre industrielle, l’artillerie de la Grande Guerre
Café / conférence gratuit.

Par Gilles Aubagnac, conservateur, chef de service de la conservation du musée de l’Air et de l’Espace au Bourget (93), membre du Conseil scientifique de l’exposition
Jeudi 23 septembre à 19h.

En 1914, l’armée française est dotée d’une artillerie de campagne hippomobile qui surpasse technologiquement celle de l’Allemagne. Après une période, très brève de la guerre de mouvement le canon de 75m/m s’avère inadapté. L’artillerie se développe et e modernise : artillerie lourde à longue portée, à tracteur automobile, approvisionnement en millions d’obus… Le « cheval-vapeur » remplace progressivement l’animal.

Le canon de 75 m/m conférence au cœur de l’exposition autour du canon de 75/ gratuit

Par Jean Pierre Verney, conseiller historique du musée à l’origine des collections
Samedi 3 décembre à 18h

On disait au début de la guerre que le canon de 75 pouvant « toit faire » en raisin de sa supériorité technique. Il semblait pouvoir effacer la prédominance numérique de l’artillerie allemande. Au moment de l’armistice 200 millions d’obus de 75 avaient été fabriquées.

Catalogue de l’exposition : Un milliard d’obus, des millions d’hommes ; 208 pages, Editions Liénart, Prix 28 euros.

Musée de la Grande Guerre du pays de Meaux
Rue Lazare Ponticelli, 77100 Meaux
http://www.museedelagrandeguerre.eu/

© Les services culturels de la rédaction de la revue Historiens & Géographes, 25 mai 2016. Tous droits réservés.