Exposition « L’épopée du canal de Suez. Des pharaons au XXIe siècle » Compte rendu culturel de la Rédaction

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Par François Da Rocha Carneiro. [1]

L’APHG a aimé... Exposition « L’épopée du canal de Suez. Des pharaons au XXIe siècle » à l’Institut du Monde Arabe, du 28 mars au 5 août 2018.

Du 28 mars au 5 août 2018, l’Institut du Monde Arabe éclaire « l’épopée du Canal de Suez » dans une exposition qui sera ensuite visible au Musée d’Histoire de Marseille du 19 octobre 2018 au 31 mars 2019. Au son d’Aïda, qu’Ismaïl Pacha avait commandé à Verdi pour le nouvel opéra du Caire, ouvert quelques jours avant le canal, le visiteur est d’abord plongé dans l’inauguration de l’ouvrage. Cette ambiance, aussi inattendue qu’efficace, place celles et ceux qui arrivent là au cœur des festivités de 1869. Sous le regard de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, peints par Winterhalter et par Tissier, une maquette reconstitue l’événement, car le khédive Ismaïl a fait en sorte que ce 17 novembre 1869 soit un événement.

II faut alors revenir sur les origines du projet et sur l’épopée du canal de Suez, comme le titre de l’exposition le propose. L’idée de relier les deux mers date de l’Egypte antique. Sésostris III s’en voit attribuer la paternité et l’existence d’un canal perdure jusqu’à sa fermeture au VIIIe siècle de notre ère. Venise au XVIe siècle cherche à rouvrir la route maritime entre la mer Méditerranée et la mer Rouge pour concurrencer l’expansion commerciale portugaise.

Il faut cependant attendre le XIXe siècle pour que les conditions soient remplies pour remettre l’idée au goût du jour. Les Saint-Simoniens d’abord, en la personne de Barthélémy Prosper Enfantin, qui séjourne en Egypte de 1844 à 1847, espèrent œuvrer par le creusement du Canal à la compréhension entre les peuples. Ils ne parviennent pas à convaincre Méhémet Ali. Modernisateur, le vice-roi d’Egypte refuse de faire de son pays un enjeu géopolitique. Ferdinand de Lesseps joue alors un rôle essentiel. Consul de France, il reprend le projet et, soutenu par Saïd Pacha puis par Ismaïl Pacha, se lance dans l’aventure du Canal.

Décidés en 1854 et confiés à Lesseps, les travaux sont ralentis par l’opposition des Britanniques qui craignent la mainmise française sur la région, si importante pour la route des Indes. Il faut quinze ans au chantier pour enfin aboutir. Véritable entreprise technologique, financière et culturelle, le Canal fait naitre de nombreux espoirs, comme l’illustre le projet d’Auguste Bartholdi. Enthousiasmé par l’aventure, le sculpteur propose à Ismaïl Pacha une œuvre colossale destinée au débouché sur la mer Rouge, à Suez. « L’Egypte éclairant l’Orient » est représentée sous les traits d’une paysanne égyptienne qui tend un flambeau. Ce « phare à l’entrée du Canal » ne voit certes pas le jour immédiatement, mais esquisse la Statue de la Liberté que créera Auguste Bartholdi quelques années plus tard, manifestant ainsi le glissement géopolitique en cours.

Avec l’ouvrage qui relie les deux mers, c’est une véritable nouvelle société qui s’installe le long du canal, dans le vieux port de Suez et dans les créations que sont Port-Saïd et Ismaïlia. Photographies et maquettes permettent de saisir les particularités de ces trois sites, où les styles nationaux des communautés présentes localement se mélangent pour aboutir à une architecture étonnement homogène.
Dans l’imaginaire des professeurs d’Histoire-Géographie, le « Canal de Suez » rappelle inévitablement la crise de 1956. Pourtant, c’est plus largement qu’il faut saisir le lieu. Son contrôle constitue un enjeu majeur des relations israélo-arabes du XXe siècle et à chaque période de crise, à chaque guerre, le Canal redevient l’objet de toutes les attentions internationales.

On pourrait croire l’épopée terminée. Il n’en est rien. Malgré les dangers de la piraterie qui se développe autour de la Corne de l’Afrique, l’importance croissante du trafic maritime mondial ne permet pas à l’Egypte d’envisager pouvoir se passer d’une telle ressource. Un nouveau canal vient donc doubler, depuis 2015, l’œuvre originelle, permettant ainsi de réduire sensiblement le temps d’attente de passage des bateaux et faisant des rives du Canal un nouveau pôle de développement économique.

Œuvres d’art, documents d’époque et maquettes réussissent à faire voyager pendant toute la visite celles et ceux qui viennent voir cette si belle exposition. Il ne faudrait pas pour autant croire que seule l’envie d’exotisme est assouvie dans les couloirs de l’IMA et bientôt du Musée d’Histoire de Marseille. En effet, les choix muséographiques et la clarté des explications permettent de comprendre ce Canal et finalement de saisir en quoi cet aménagement reste, à travers le temps, l’objet d’une magistrale épopée.

Site internet de l’IMA / Exposition

Infos pratiques :

  • Exposition L’épopée du Canal de Suez, des pharaons au 21e siècle. A l’Institut du Monde Arabe
  • Du 27 mars au 5 août 2018
  • Du mardi au vendredi de 10h à 18h
  • Les samedis et dimanches de 10h à 19h
  • Réservations

© François da Rocha Carneiro pour Historiens & Géographes n° 442. Tous droits réservés. 11/05/2018.

Notes

[1Vice-président national de l’APHG. Professeur au Lycée Jean-Moulin de Roubaix, doctorant à l’Université d’Artois.