Exposition « L’odyssée des animaux » (Musée de Cassel) Compte-rendu de voyage de presse de la Rédaction

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Compte-rendu de voyage de presse de la revue Historiens & Géographes.

Par Blanche Defernez [1]

Exposition « L’odyssée des animaux ». Les peintres animaliers flamands au XVIIe siècle. Du samedi 8 octobre 2016 au dimanche 22 janvier 2017. Musée de Cassel, près de Hazebrouck (59). L’exposition a lieu au Musée départemental des Flandres. [2] C’est le premier musée consacré à l’identité culturelle et artistique des Flandres.

Après sa départementalisation en 1997, ce Musée est lié depuis à la famille des musées et équipements culturels du nord (Musée Matisse au Cateau-Cambrésis, Musée de Sars-Poteries, Musée archéologique de Bavay, Forum des sciences à Villeneuve d’Ascq, villa Yourcenar à St Jans-Cappel). Il est géré par le Conseil Départemental du Nord.

Le Musée a été rénové et après quelques années de travaux pour sa restauration, il a pu rouvrir ses portes en 2010. Le bâtiment est un hôtel de la Noble Cour, datant du 16e siècle. Non loin de là, un autre bâtiment a été construit récemment pour abriter les réserves.

L’ancienne Châtellenie de Cassel (Nord). DR

Ce musée est situé sur la frontière franco-belge, traversée de multiples influences tout au cours de l’histoire. La Flandre est à la fois le pays des Carnavals, des grands maîtres de la Renaissance et aussi de l’art plus contemporain. Madame Vélizier en assure actuellement la direction.

Un peu d’histoire à propos du Musée

Une histoire ancienne puisqu’elle remonte au Moyen Age. Le Musée est installé dans le siège de la châtellenie de Cassel qui abritait une cour de justice mise en place par Jeanne de Flandre (1218). Au 15e siècle et jusqu’au 17e siècle, la châtellenie passera sous le contrôle des Habsbourg et ne sera rattachée au Royaume de France qu’en 1678 (traité de Nimègue).

La façade de la châtellenie a été construite selon une architecture de la Renaissance italienne. Après un incendie qui ravage l’hôtel de ville de Cassel, celui-ci va établir ses bureaux à la Noble-Cour. Après la bataille de Cassel (victoire du duc d’Orléans, frère de Louis XIV), la ville est annexée par la France (1677). A la Révolution française (1789), la juridiction de la châtellenie est supprimée ainsi que la Cour et bien sûr, les droits féodaux. Puis en 1800, une auberge occupera les lieux avant que, vers 1900, ils ne soient occupés par une salle d’attente pour le tramway de la ville et la Caisse d’épargne. Ce n’est que vers 1910 que le bâtiment est classé monument historique.

En 1914, Foch installera son quartier général à la Noble Cour jusqu’en 1915. Il évoquera cette période comme une période parmi les plus angoissantes de sa vie qu’il ait vécues. Sa mission sera couronnée de succès, et en 1918 il deviendra Maréchal de France. Il ne reviendra à Cassel qu’en 1928 pour inaugurer sa statue.

Au sortir de la Grande Guerre (1914-1918), le maire pense alors à un projet de musée consacré à cette période ou au folklore flamand. En 1940, Deuxième guerre mondiale (1939-1945), les objets précieux qui sont dans le Musée seront mis à l’abri au Musée de Compiègne. Ce n’est qu’en 1964 que le musée d’art et d’histoire voit le jour.

Depuis sa réouverture, le Musée de Cassel a fait l’objet de plusieurs expositions : en 2011, la thématique porte sur « sensualité et volupté » (16e, 17e siècles) ; en 2011, « Aux portes du chaos » (1914-1918) ; en 2012, « la sculpture baroque dans les collections publiques françaises » ; en 2012 Pieter Coecke Van Alst, les peintres maniéristes et Marguerite Yourcenar...

L’odyssée des animaux rassemble des peintres animaliers flamands du 17e siècle.

Au 17e siècle, l’art animalier s’affirme. La peinture flamande y excelle avec des peintres comme Roelandt, Savery, F. Snyders, Jan Fyt, Paul de Vos…

L’animal est devenu un sujet digne d’intérêt, car jusque là, il n’était vu que comme un symbole. Scènes de chasse, étals de marché montrent l’opulence, le raffinement d’une époque. Proies, prédateurs cohabitent en une douce harmonie. L’homme disparaît quasiment de la toile.

La visite se fera selon un parcours chronologique afin de voir les influences des peintres les uns sur les autres. Leur référence est Anvers. Les motifs se reproduisent d’un atelier à l’autre. Ainsi, Snyders va influencer Van Utrecht, Jan Fyt, P. de Vos, Peeter Boel lui-même influencé par Jan Fyt …

Nous allons donc parcourir les différentes salles d’exposition et pouvoir admirer les différents peintres animaliers.

Roeland Savery (Courtrai 1576 - Utrecht 1639)

C’est le premier peintre animalier flamand. Il va développer largement le thème d’Orphée (23 tableaux entre 1603-1628). Le sujet n’est ni religieux ni mythologique. Il s’agit de peindre le monde animal tel qu’il est : paradis des oiseaux, volière à ciel ouvert où le fameux dodo, espèce disparue dès le 17e siècle côtoie canards, autruches, perroquets… C’est à la ménagerie de Rodolphe II que le peintre se familiarisa avec les animaux. On retrouvera dans ces tableaux une alternative entre des animaux exotiques et des paysages sylvestres, habités par des biches, des taureaux... Peintures de chevaux seuls ou en groupes, chevaux auxquels Rodolphe II vouait une véritable passion.

Jan I Brueghel dit l’Ancien (1568-1625)

Jan Brueghel peint au milieu d’animaux des personnages bibliques. Ainsi l’arche de Noé conservé au Musée de Los Angeles (1613). De nombreuses copies de ce tableau seront faites. Des esquisses sur bois (Musée de Vienne) montrent des animaux peints sur le vif dans différentes postures. Ces tableaux ont été réalisés dans le parc du palais de l’Archiduc Albert et de l’Infante Isabelle de Bruxelles.

De nombreux tableaux de scènes de chasse avec un tableau sur la conversion de Saint Hubert. D’autres œuvres du peintre sont conservées au Musée de la chasse à Paris (Diane) ou encore au Musée de Narbonne (têtes de cerf). Un tableau représentant Une souris aux deux roses (1605) est conservé au Musée de Milan.
Jan Van kessel (1626-1679). Il est le petit-fils de Jan Brueghel dit l’Ancien, maître guilde d’Anvers (1645).

Il a peint des centaines de tableaux. De petits tableaux sur cuivre ou sur bois qui ornent les cabinets de curiosité : tableaux représentant des oiseaux, des insectes .. (Musée de Cambrige). Son observation est précise, inspirée des encyclopédies de l’époque. Ses Quatre parties du monde sont conservées à Munich et à Dijon.

Franz Snyders (1579-1657)

Joue un grand rôle dans la peinture animalière. Il a des liens avec Jan Brueghel dit l’ancien, F. Borroméo, P. Rubens... Il peint surtout des scènes de marché (les étals), des natures mortes (gibier, cerfs, sangliers). Certaines de ses œuvres ont une pensée satirique comme Le lion mort (sous entendu : le pouvoir est fragile). Avec son tableau sur Le concert des oiseaux, il transcende la fable d’Esope.

Jan Fyt (1611-1661)

Ce peintre met l’accent sur les trophées de la chasse, joue avec le clair-obscur. Ne fait pas de peinture avec des animaux exotiques. Il influence Peeter Boel, Chardin, Desportes.

Paul de Vos (1591-1678)

C’est un parent du peintre Snyders. Il va exprimer dans sa peinture toute la férocité des prédateurs (scènes de chasse). Il peint des corps massifs, volumineux et montre ainsi la bestialité et la supériorité des prédateurs. A l’exception de son tableau représentant deux jeunes phoques (Musée de Besançon), la férocité de ses peintures laisse la place, dans ce tableau, à la douceur.

Adrian Van Utrecht (1599-1652)

Ce peintre a beaucoup voyagé en France, en Allemagne, en Italie. Il ne manque pas de commandes de la part du palais royal à La Haye. Ses tableaux portent sur les victuailles, les gibiers, les légumes... Il ajoute à ses tableaux parfois des pièces d’orfèvrerie, des instruments de musique. Son art précieux, délicat, peut parfois être ressenti comme froid.

Peter Boel (1622-1674)

Parent de Jan Fyt, élève de F. Snyders. Entre les années 1669-1671, il va faire 400 croquis et 86 tableaux qu’il réalise à la ménagerie de Versailles. Ses œuvres sont pensées, construites…

Au final, c’est une véritable découverte que cette exposition qui met en valeur de grands peintres du 17e siècle. Une connaissance très pointue, une présentation très méthodique nous a permis de mesurer la valeur de ces tableaux et les difficultés qu’ont pu avoir les experts pour distinguer telle peinture de telle autre puisque les influences sont grandes d’un atelier à l’autre, d’un peintre à l’autre, parfois parents entre eux !

Superbe exposition, originale par sa thématique et bien d’actualité puisque les animaux sont entrés dans nos vies depuis déjà quelque temps. Compagnon de son maître, témoin de ses prouesses ou de sa férocité.

A voir jusqu’en janvier 2017 avec beaucoup d’animations pour les plus jeunes (ateliers…)

© Blanche Defernez, attachée de la rédaction de la revue Historiens & Géographes. Tous droits réservés. 23/12/2016.

Notes

[1Membre de la Rédaction de la revue Historiens & Géographes.

[2Musée départemental de Flandre
26 Grand’Place - 59670 CASSEL - France
T. 33(0)3 59 73 45 60
F. 33(0)3 59 73 45 71
museedeflandre@lenord.fr