Exposition « Napoléon stratège » du 6 avril au 22 juillet 2018. Musée de l’Armée - Invalides (Paris)

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Par Vincent Multrier. [1]

L’APHG a aimé... Exposition « Napoléon stratège ». Musée de l’Armée aux Invalides jusqu’au 22 juillet 2018. 10 h -18 h.

Distinguer tactique et stratégie est un grand classique de l’enseignement d’histoire ! Le Musée de l’Armée l’aborde d’emblée, mais l’application qu’il en fait peut apparaître discutable tant l’exposition insiste sur les moyens militaires de cette supériorité napoléonienne. Mais pouvait-il en être autrement sur un tel sujet et dans un tel lieu ? Ceci étant, on a une remarquable analyse des succès et les raisons implacables de l’échec.

Le rôle du chef d’abord, et d’emblée l’exposition nous présente d’Hannibal à Frédéric II de Prusse les grands exemples qui ont inspiré Napoléon. « La présence du chef est indispensable ; c’est la tête, c’est le tout d’une armée : ce n’est pas l’armée romaine qui a soumis la Gaule, mais César. »

Tous ces chefs ont réuni le pouvoir politique qui permet d’assurer la puissance militaire : la conscription en masse et la réquisition, jusqu’aux souliers, mais aussi l’artillerie : « Ce n’est qu’avec du canon qu’on fait la guerre » (Napoléon à Bernadotte 27 février 1807). Un tableau très intéressant montre l’organisation de l’armée en 1805 autour du corps d’armée devenu autonome grâce à son artillerie et à sa cavalerie. On y remarque aussi l’importance de la Garde, près de 5 000 chevaux et plus de 5 000 hommes en armes commandés par Bessières.

Quelques beaux tableaux, (par A-J Gros, Bonaparte au Pont d’Arcole, d’une collection allemande ou en tenue de premier consul au Musée de la Légion d’Honneur) ; de superbes uniformes (officier supérieur ou grenadier de ligne), des maquettes très réalistes (le pont de Lodi). Surtout une dizaine de panneaux interactifs permettent de prendre les décisions à la place du chef pour quelques batailles célèbres.

© Musée de l’Armée - tous droits réservés.

Mais il n’y a pas eu que des victoires ! Après le passage sous l’Arc de Triomphe et avoir contemplé une esquisse de la Colonne Vendôme, coulée avec le bronze des canons d’Austerlitz, une seconde section analyse les revers implacables de la défaite. On peut apprécier en particulier une grande spirale, qui analyse la disparition implacable entre 1812 à 1816, de ce qui avait fait la force de l’Empereur. La dernière salle illustre le rayonnement mondial pendant deux siècles de cette stratégie napoléonienne. Clausewitz, bien sûr (« le dieu de la guerre en personne ») ; de Lénine à Giap, de Moltke à Ludendorff, de Bugeaud à de Gaulle, de Pershing à Mc Arthur, tous les praticiens et tous les théoriciens de la guerre ont emprunté à Napoléon. La représentation en est originale, mais il faudrait dépasser la nomenclature pour expliquer le contenu des emprunts.

Les touristes étrangers, admirateurs ou contempteurs de la puissance napoléonienne sont les premiers à profiter de cette exposition claire, très pédagogique qui permet de revoir de manière agréable et illustrée tout ce qu’on sait de Napoléon. Les Français, aussi, devraient en profiter !

« Napoléon stratège », du 6 avril au 22 juillet 2018. Musée de l’Armée, 75007 Paris. Du lundi au vendredi, de 10 h à 18 h. Samedi et dimanche, de 10 h à 19 h. Nocturne le mardi jusqu’à 21 h. Tarifs : 12 €/10 €. Informations : www.musee-armee.fr. Catalogue de l’exposition, Editions Liénart, 304 pages, 29 €.

© Vincent Multrier pour Historiens & Géographes. Tous droits réservés. 03/06/2018.

Notes

[1Professeur [E.R.] au Lycée Hoche de Versailles, Membre de la Rédaction de la revue Historiens & Géographes et du Bureau de la Régionale d’Île-de-France de l’APHG.