Florence : Portraits à la cour des Médicis Musée Jacquemart-André (Paris)

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Du au 11 septembre 2015 au 25 janvier 2016...

Par le service « Expositions » de la revue Historiens & Géographes

Au XVIe siècle, l’art du portrait devient de plus en plus répandu parmi les élites florentines qui trouvent là un moyen de porter les traits de leur visage et leur statut social à la postérité. Ils recourent pour cela à des figures littéraires telles que Pétrarque, à des références musicales puis à une mise en scène riche en symboles pour décrire la figure du modèle.

L’exposition est une première en France et à l’étranger

« Il est temps », dit le commissaire général Carlo Falciani, « d’offrir au public français un regard d’ensemble sur le portrait, genre qui, plus que d’autres, permet de comprendre la complexité des arts de Florence durant ce siècle. Le regard des hommes et des femmes qui ont confié à l’art la représentation de leur image est sans doute un point de vue privilégié pour réfléchir sur l’époque toute entière ».

Peut-on parler de maniérisme pour ces portraits ?
Carlo Falciani répond que la question est complexe. La critique du XXe siècle a défini comme Maniériste un art qui s’exprimait à travers un style élégant et sophistiqué, antinaturaliste au regard du langage de Michel Ange, mais aussi celui de Léonard et Raphaël.

Ce style a produit des œuvres au contenu fortement allégorique, expression d’une époque qui s’étend de la deuxième décennie du XVIe siècle à la Contre-Réforme et qui plus que d’autres, a étudié la signification de l’art dans la société. Aujourd’hui on préfère remplacer le terme maniérisme par celui de Manière Moderne - utilisé par Vasari dans ses « Vies » - plus à même de désigner la complexité, justement moderne, de l’art au XIVe siècle. Un art qui emploie un langage nouveau, à l’expression très individualisée, né au début su siècle grâce à la fusion du naturalisme, de l’art classique et de la capacité de se défaire et des règles et des codes du Quattrocento.

La présence de ces langages modernes, nés à cette époque, trouve justement dans l’art du portrait « un des genres principaux ».

Outre la présentation des chefs d’œuvre de Pontormo, élève d’Andrea del Sarto et maître du maniérisme, c’est aussi l’occasion d’apprécier les traits raffinés et gracieux typiques des portraits de Bronzino ou ceux de Salviati.

Le parcours de l’exposition

Salle 1 (1494-1512) : La République de Florence de l’austérité à l’art du portrait.
Après la chute des Médicis et la République de Savonarole, le monde profane était mort, place à l’austérité.

Après la mort de Savoranole ,c’est la reconquête militaire de Florence en 1530 des Médicis soutenus par l’armée de Charles Quint. Les jeunes artistes représentent leurs modèles sur un fonds uni ou devant un paysage, telle la Dame au voile de RidolfoGhirlandaio

Salle 2 (1530-1537) : La reconquête des Médicis. Les hommes en armes
Cette reconquête fut sanglante ; Après une terrible année de siège Alexandre de Médicis récupère l’administration de Florence. Mais il est sauvagement assassiné 7 ans après. La dynastie des Médicis parvient à se maintenir.

Alexandre engage plusieurs artistes pour mener à bien une campagne de réhabilitation par l’image. Il en découle des portraits héroïques, en armures, instruments de propagande comme le portrait d’Alexandre de Médicis devant la ville de Florence de Vasari (Florence, Galerie des Officii) Côme 1er conçoit aussi une campagne de réhabilitation où il soigne sa propre image et celle de son père, Jean dit des bandes noires (cf. les portraits de Francesco Salviati).

Salle 3 (1529-1574). Le faste des portraits, les Médicis.
En épousant Eléonore de Tolède en 1539, Cosme 1er scelle son alliance avec Charles Quint. En mai 1540, la famille s’installe au Palazzo Vecchio. Bronzinou est l’artiste phare de la cour Il participe à l’évolution des codes de représentations à l’œuvre dans les effigies du duc, totalement démilitarisées, comme son Cosme de Médicis à 40 ans (Newwark, Delaware, The Alana Collection).

Cosme 1er se passionne pour l’architecture. Après s’être installé au Palazzo Vecchio, où Vasari conçoit un décor grandiose à la gloire de Médicis dans le salon dit « del Cinquecento », Cosme fait élever un bâtiment administratif, le Palais des Offices.

Salle 4 (1539 -1574). Le faste des portraits, Les Héritiers.
Contrairement à son père Cosme 1er qui a le goût du monumental, François 1er préfère les œuvres raffinées et les arts décoratifs, peut être de son éducation soignée, mêlant sciences, arts et lettres. Entre 1570 et 1572, il confie à Vasari et Borghini le soin d’aménager son cabinet (studiolo) à l’intérieur du Palazzo Vecchio. A partir de 1580 , François installe au sein des Offices un espace appelé Tribune, dédié à sa collection de sculptures antiques, petits bronzes, pierres dures, orfèvreries et joyaux, dans un décor faisant dialoguer merveilles de l’art et trésors de la nature.

Dans la Florence de la seconde moitié du Cinquecento, l’art du portrait atteint son apogée Bronzino excelle dans la production de 29 petites effigies qu’il peint sur étain dans les années 1550.

Salle 5 : (1539-1574) Le faste des portraits, les courtisans.
Les effigias des Médicis comme celle de leurs courtisans sont savamment composées. Il s’agit de retranscrire la physionomie et le caractère des modèles toit en précuisant le rang au sein d’une cour très hiérarchisée.

Salle 6 : Le portrait maniériste Miroir des Arts, Poésie, Musique.
Cosme 1er a soutenu la jeune Académie florentine des belles lettres, dédiée à la langue toscane. Au-delà les artistes, se retrouvent au sein de compagnies dites de plaisir dédiées aux joutes artistiques et aux divertissements. Les références musicales sont très nombreuses. Le luth est l’instrument privilégié des musiciens professionnels (voir Pontormo et Salviati).

Musée Jacquemart-André DR

L’art du portrait est enraciné dans la tradition poétique langue vernaculaire et se réfère aux poètes fondateurs de l’identité florentine : Dante, Pétrarque et Boccace. [1]

Salle 7 : La noblesse du grand portrait
Une scénographie d’Hubert Le Gall : élégante et sobre aux couleurs nuancées et aux éléments graphiques puissants.

Pour les plus petits : le livret jeux
Remis gratuitement à chaque enfant (7/12 ans) qui se rend à l’exposition, ce livret est un guide permettant aux plus jeunes d’observer, de manière ludique, les œuvres majeures de l’exposition à travers différentes énigmes.

Un film : Les mains maniéristes, d’Hector Obalik.
Un montage de 9 minutes, extrait du film Les Mains maniéristes de la série Grand’ Art. Le point sur l’art du portrait renaissant à partir de l’étude de quelques centaines de mains ceintes par Corrège, Del Sarto, et Bronzino.

Un catalogue : Florence, Portraits à la Cour des Médicis, 208 pages, 32 euros (vente sur place). Analyse des œuvres présentées lors de cette exposition par le commissaire général de l’exposition, par les historiens de l’art, spécialistes du sujet.

Culture espaces est le producteur et réalisateur de l’exposition.

du au 11 septembre 2015 au 25 janvier 2016
Musée Jacquemart André, Institut de France

  • Commissaire général de l’exposition Carlo Falcani, critique et historien de l’art Professeur d ’Histoire Moderne à l’Académie des Beaux Arts de Florence. Il a été le commissaire d’expositions prestigieuses comme celle de Pontormo e Rosso Fiorentino, Divergenti vie della « Maniera » présentées à Palazzo Strozzi au printemps 2014.
  • Commissaire de l’exposition : Nicolas Sainte Fare Garnot
    Depuis sa nomination en 1993 au Musée Jacquemart André, cet historien de l’art, spécialiste de la peinture française et italienne, a réorganisé les collections selon le programme d’origine et lancé des campagnes de restauration et d’inventaires, mais s’est aussi appliqué à mettre en valeur les collections du Musée. Il va quitter à regret ses fonctions fin décembre 2015.

Le service « Expositions » et « Comptes-rendus » d’Historiens & Géographes, le 18 septembre 2015.

Musée Jacquemart-André
158, Boulevard Haussmann, 75008 Paris
Site internet du Musée : lien ici

Les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 20/09/2015. Tous droits réservés.

Notes

[1cf.Jeune femme au livre d’Andréa del Sarto (Florence, galerie des Offices).