Georges Desvallières : la peinture corps et âme 15 mars-17 juillet 2016

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Georges Desvallières, La peinture corps et âme
Petit-Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
15 mars-17 juillet 2016

Vous connaissez ? Sinon l’exposition du Petit Palais vous permet de le découvrir et de mesurer son originalité parmi les peintres de l’Entre deux-Guerres. Le Petit Palais présente la première rétrospective consacrée au peintre Desvallières (1861-1950), réunissant 90 œuvres (peintures, dessins, vitraux, tapisserie…) issues de musées français et de collections privées.

Homme d’engagements et de combats, George Desvallières est une personnalité hors norme qui nous replonge dans l’univers créatif de l’Entre-deux-Guerres. Son style puissant s’incarne dans deux périodes dans les figures de l’Antiquité héroïque, puis dans l’expression profonde d’une foi attisée par les épreuves de la guerre de 1914-1918.

Peintre profane, placé sous le parrainage de Gustave Moreau, Desvallières manifeste son indépendance vis-à-vis de l’enseignement académique. Son style évolue vers un naturalisme critique qui dépeint les vues cosmopolites de Londres et de Montmartre. Il expose au Salon d’automne. Ce salon accueille les avant-gardes du fauvisme et du cubisme.

L’artiste retrouve la foi et défend avec Georges Rouault un christianisme militant et social illustré par Léon Bloy. Chef de bataillon pendant la guerre il met en images l’expérience des combats. Il participe au renouveau de l’art sacré, aux côtés de Maurice Denis Le parcours de l’exposition suit de manière chronologique l’évolution de son art durant 60 ans. L’originalité de sa peinture s’y révèle par la tension entre la chair et l’esprit, le charnel et le spirituel.

Parcours de l’exposition

Le choix des maîtres

La formation de Desvallières a bénéficié d’un environnement culturel et artistique exceptionnel. Son grand-père, académicien, Ernest Legouvé, un libéral et républicain a pris en charge l’instruction de son petit-fils et l’a confié au peintre Jules-Eric Delaunay qui lui a fait visiter les musées, pratiqué le dessin, organisé des voyages, en Italie, Espagne, Suisse, fréquenté l’Académie Jullian. Il rencontre Gustave Moreau. Au salon de 1883, Desvallières attire les regards sur ses portraits de parents et d’amis (Portrait de Georgina Desvallières, 1883) et ses dessins au pastel.

Éloge du corps

Ernest Legouvé avait créé dans son immeuble parisien une école d’escrime. Il s’agissait de fortifier le corps et l’esprit des jeunes hommes, mais aussi préparer la revanche après la défaite de 1870. La peinture profane et décorative est imprégnée de culture latine. Il participe à la décoration de l’hôtel de Jacques Rouché, polytechnicien et chef d’entreprise achète des œuvres à Desvallières.

Choses vues

1903, c’est l’année de rupture. Son déplacement à Londres lui fait rompre avec le symbolisme. Il observe la vue nocturne des théâtres et des grands hôtels. On l’y voit avec une de ses modèles. Il devient Vice-président du Salon d’automne au Petit Palais en octobre et y favorise les maîtres de la modernité (Toulouse-Lautrec, Cézanne, Redon, Gauguin). Ses œuvres londoniennes (Les femmes de Londres) se prolongent dans les nuits de Montmartre. (Un coin du Moulin rouge, 1904)

La conversion

Elevé dans une famille peu pratiquante, à l’exception de sa mère, George Desvallières s’éloigne du catholicisme tout en continuant à « chercher Dieu ». Il traite des thèmes bibliques survenus en 1903, lors d’une visite à la basilique Notre-Dame-des-Victoires, son brusque retour au credo de la foi chrétienne va guider son œuvre et existence. C’est aussi le tableau de sa mère discrète et croyante. Il peint de plus en plus de sujets religieux (Christ à la colonne, 1910).

© Photographie d’Eugène Druet du tableau « le Sacré Coeur » de G. Desvallières.

Sacrifice, deuil, renouveau

Chef de bataillon d’une compagnie de chasseurs (6 BI CA sur le front des Vosges jusqu’en 1918), Desvallières affronte avec sa foi et son patriotisme ardents les épreuves de la guerre. Il consacre après guerre sa peinture à Dieu. Il associe dans un même tableau le sacrifice du poilu et la Passion du Christ, donnant au poilu les traits de son fils Daniel, tué par un obus au combat en 1915 (Passion du Christ et du poilu ; L’Église douloureuse, 1926). Il se lance dans le vitrail (Ossuaire de Douaumont à Verdun) et dans la tapisserie, la décoration murale (couvent de Mazamet, la chapelle de Saint-Privat). Desvallières lutte contre les images saint-sulpiciennes pour laisser cours à son inspiration personnelle. Il fonde les ateliers du sacré avec Maurice Denis.

Autour de l’exposition / Visites guidées

Découverte de la Chapelle Saint-Yves, Cité du Souvenir (Paris, 14 ème), présentation par Jean-Baptiste Ambroselli et Isabelle Renaud-Chamska. Tel ; 06 85 11 70 73
isabelle-renaud-chamska@wanadoo.fr

Visite de l’Eglise du Saint-Esprit

186, avenue Daumesnil, Paris 12 ème, visite guidée du Chemin de Croix, les dimanches 17 avril, 22 mai, 19 juin à 16 h et le jeudi 12 mai à 15h.

Catalogue de l’exposition, Les éditions Paris Musées, 192 pages, 140 illustrations, 35 euros.

A l’auditorium

  • Vendredi 1 er avril à 18h
    Corps glorieux, corps souffrants, au cœur de l’art de Desvallières, conférence par Jean-Paul Deremble, maître de conférences à l’université de Lille 3, historien de l’art et théologien
  • Vendredi 8 avril, à 18h
    Maurice Denis et George Desvallières, une fraternité artistique et spirituelle, conférence par Fabienne Stahl, Docteur en histoire de l’art, commissaire de nombreuses expositions
  • Vendredi 15 avril à 18h30
    George Desvallières et la Grande Guerre, Film (35 mn) de Catherine Ambroselli de Bayser, auteur du catalogue raisonné de l’artiste

Site internet

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