Historial du paysan soldat à Fleuriel (Allier) Compte-rendu de la rédaction

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L’église romane et le monument de Fleuriel servent d’écrin au nouveau musée. Tout respire le calme et la verdure. Installé dans un grand corps de ferme dont les murs ont été blanchis à la chaux, l’usage du bois a été privilégié et le nouveau musée séduit par la scénographie très claire qui permet de montrer les étapes de la Grande Guerre du soldat paysan, avec des objets, des images, des lettres et des photographies de soldats allemands et français. Des enregistrements émouvants d’enfants de soldats ont été réalisés en 1974, qui racontent le jour de la mobilisation et du départ pour le front, le rôle des femmes à l’arrière.
L’Historial - DR http://www.payssaintpourcinois.fr/

Les travaux du futur musée ont commencé le 26 février 2014 et ont été achevés en novembre 2015. Le 8 mars 2015, « l’Historial du paysan soldat » a ouvert au public. A partir d’une collection riche et diverse, l’Historial consacre ses premières expositions à la Grande Guerre. C’est un espace évolutif. Les visiteurs découvrent un parcours chronologique du paysan dans la Grande Guerre. L’exposition temporaire porte sur l’art des tranchées. Dans la salle audiovisuelle, le spectateur est placé au cœur du conflit grâce à la technologie de l’époque (plaques stéréoscopiques), confrontée avec celle d’aujourd’hui (écran 3D).

Source : HISTORIAL DU PAYSAN SOLDAT DR

Une salle pédagogique est à disposition des enseignants et de leurs classes. Des élèves des classes du Premier degré l’ont déjà visité. Pour la prochaine année scolaire, des classes de collège (3e) et de lycée (1re) sont attendues. Des excursions peuvent combiner la visite de l’Historial du soldat paysan, des activités agricoles, du vignoble et d’une cave à Saint-Pourçain-sur-Sioule, la visite d’églises romanes (classes de 5e et de seconde).

Église Notre-Dame de Fleuriel. Photo Patrick Boyer CC

Qui ne saurait mieux parler de l’Historial que son initiateur, le Docteur Jean-Daniel Destemberg ?

Nous reproduisons son discours prononcé lors de la remise du Prix Allen 2014, décerné par la communauté de communes en pays Saint-Pourçinois pour son rôle d’initiateur dans la création de « l’Historial du soldat paysan ».

Mesdames, Messieurs,

Il y cent ans aujourd’hui le 11 octobre 1914, le soldat Albert Bridot, cultivateur, originaire de Fleuriel, était porté disparu lors des combats du Bois Brûlé sur les Hauts de Meuse. Il appartenait au 13e RI de Nevers. Il avait 31 ans.

Le 13e RI (Régiment d’infanterie) au surnom de « Bourbonnais sans tâche » appartenait au 8e CA de Bourges (Corps d’armée).

En septembre 1914, les Allemands qui n’avaient pu prendre Verdun, reprennent l’offensive sur les Hauts de Meuse, dans l’espoir de tourner Verdun par le Sud. Le 22 septembre, ils foncent vers la Meuse, créant une hernie dans le front français. Le commandement essaie de resserrer l’étau sur cette percée ennemie. Ce même jour, le sous-lieutenant Alain Fournier, auteur du Grand Meaulnes et Bourbonnais par sa mère, disparaît dans les Bois de Saint-Rémy-La Calonne (son corps y fut retrouvé en 1992). Le 25 septembre, les Allemands prennent Saint-Mihiel et traversent la Meuse le lendemain. La situation est grave. Appelé d’urgence dans le secteur, le 8 ème CA débarque dans la partie Sud de la poche et attaque immédiatement. Pressés par le Nord et le Sud, les Allemands s’accrochent à leur conquête et s’enterrent. La guerre des tranchées s’installe dans ce secteur. De multiples combats acharnés et meurtriers sont tels que le général de Castelli, comandant le 8e CA écrira plus tard : « Des deux côtés le bilan des pertes d’hommes en 1914 a été très élevé dans la forêt d’Apremont. Chez les Allemands le bois d’Ailly passait pour un enfer, la redoute du Bois Brûlé pour un tombeau. Le plus de pertes ont été faites dans le Bois Brulé et devant le Bois Jurat ». Plus de 15 000 soldats bourbonnais tués. C’est dans cet enfer du Bois Brûlé que le nom du paysan soldat Albert Bridoit s’inscrivit avec beaucoup d’autres sur la longue liste des 15 315 soldats bourbonnais tués pendant la Grande Guerre et au-delà parmi les 1 400 000 soldats dont la France, quatre ans plus tard, sortirait endeuillée.

Faut-il rappeler que la place des paysans était majeure dans cette guerre ? Il y cent ans, les populations européennes étaient essentiellement rurales. L’organisation de l’armée en était le reflet, et l’infanterie était l’arme d’affectation quasi-automatique du soldat.

Dans un environnement qui lui état familier et maintes fois pratiqué à la ferme, les conditions du front, la boue, les intempéries, les techniques artisanales d’adaptation, les moyens de production, l’habitude de l’endurance à l’effort firent naturellement du paysan soldat l’acteur principal du théâtre d’opérations en 1re ligne. Mais l’industrialisation et la croissance exponentielle des armements en fit aussi la première victime militaire du conflit. Il suffit de parcourir nos campagnes et de s’arrêter devant les monuments aux morts. Depuis cette imprévisible tragédie, le temps a passé et les derniers acteurs sont partis avec leurs souvenirs.

Aujourd’hui, concrètement, que reste t-il de cette cruelle époque ?

Des champs de bataille, ces cimetières gigantesques et vestiges érodés de l’héroïsme et de la souffrance, ou encore les nécropoles nationales aux alignements témoins des grands carnages. Encore faut-il aller les visiter ?

Et puis les monuments aux morts de nos villes et de nos villages, ces récupérations civiles d’une mémoire trop exclusivement militaire, dont les noms gravés, devenus sans visage appellent à la réflexion les générations successives qui veulent bien encore les lire. Seuls les musées permettent d’imaginer cent après, ce que fut le quotidien du combattant, compagnon obligé et intime des blessures et de la mort de masse. Cependant, il est facile de constater que tous les musées voués à cette thématique et souvent commémoratifs, ont été implantés sur les lieux de combat et au Nord de la Loire (...)

Un site de mémoire et d’histoire pour le paysan soldat.

Pour combler ce vide au Sud, il m’est donc venu l’idée de créer une structure muséographique et de documentation, loin des zones de combat, en abordant un aspect social qui me paraissait incontournable, mais qui était resté dans l’ombre ou rarement traité dans sa spécificité : la participation du monde rural aux deux guerres mondiales du XXe siècle. Ce souhait fut immédiatement soutenu par plusieurs historiens contemporanéistes. De même, mon implication dans l’association du « Souvenir Français » a permis d’étayer cette démarche et, parallèlement, de constituer une équipe de volontaires au complet dévouement.

Mais ce succès n’aurait été possible sans l’adhésion sincère et active de deux hommes de conviction. Le premier, que je voudrais remercier ce soir, est Monsieur Coulon, maire de Saint-Pourçain-sur-Sioule et Président de la communauté de communes en pays Saint-Pourcinois. Il a su mettre en œuvre cette réalisation un peu insolite pour la région, franchissant les strates décisionnelles les unes après les autres et n’hésitant pas à braver sur le terrain, les incompréhensions que ce projet pouvait générer. Grâce à sa persévérance dans les démarches et son infaillibilité dans la mission morale qu’il s’était fixée, « l’Historial du paysan soldat » s’ouvrira bientôt. Le second artisan est incontestablement Monsieur Gérard Laplanche, maire de Fleuriel et vice-président de communauté de communes. Lorsqu’il se fut agit de créer ce site de mémoire et d’histoire, il se porta volontaire pour l’accueillir, conscient de l’ambition et de l’ampleur du projet. Il organisa sur place les meilleures conditions d’installation et mit aussitôt les locaux indispensables au stockage des deux collections, soit plus de 12 000 objets et de documents. Par sa volonté unanimement partagée par son conseil municipal, il sut donner l’impulsion nécessaire et promouvoir toutes les initiatives favorables au futur musée.

Ainsi, dès le printemps prochain et dans le cadre de la Mission du Centenaire, « l’Historial du Paysan soldat » présentera chaque année des expositions temporaires ciblées et chronologiques sur les années de guerre et aussi plus tard des expositions thématiques et comparatives entre première et seconde guerre mondiale. Enfin, et en exclusivité à Fleuriel, une salle sera consacrée à une performance technique : la projections de documents stéréoscopiques d’époque reproduisant le relief sans l’utilisation de lunettes.

Par sa conception et sa vocation, cet « Historial » souhaite d’ores et déjà être perçu comme un légitime et reconnaissant hommage aux générations de paysans soldats, dont le sacrifice consenti, et un peu oublié, fut déterminant dans un moment grave, pour sauver de l’envahisseur ce qu’ils avaient de plus cher dans la hiérarchie des devoirs : la terre de France ».

© Jean-Daniel Destemberg. Tous droits réservés.

Il s’agit de la maison-école où vécut Alain-Fournier, fils d’instituteurs à Epineuil-le-Fleuriel de 1892 à 1898. Aujourd’hui, le bâtiment a été transformé en musée. CC

Renseignements

Ouverture aux groupes

Sur réservation tous les jours sauf le mardi, du 15 février au 15 décembre

Ouverture au public

Avril, mai, juin, septembre de 14 h 30 à 18 h.
En juillet-août : de 10 h à 18 h
Du 1er octobre au 11 novembre : le vendredi, samedi, dimanche de 14 h 30 à 18 h. Ouvert les jours fériés dans ces périodes.
Fermeture hebdomadaire le mardi.

Contact

Accueil.historialfleuriel@orange.fr
Tél : 04 70 90 22 45 ou 04 70 47 67 20
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