Audience avec le CSP sur les Lycées professionnels Compte rendu

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Audience avec le Conseil Supérieur des Programmes (CSP). 10 décembre 2018. Compte rendu de la Commission des Lycées professionnels de l’APHG (Responsables : Iris Naget et Vincent Magne, Secrétaires généraux adjoints de l’APHG depuis le 2 décembre 2018).

A) Propos généraux

Ce lundi 10 décembre, le Conseil Supérieur des Programmes (CSP) a reçu les associations disciplinaires dans le cadre de la réforme de la voie professionnelle. Les associations présentes étaient l’APHG, représentée par son Président National Franck Collard et par ses deux Secrétaires Généraux Adjoints Iris Naget et Vincent Magne (tous les deux PLP Lettres-HG et co-présidents de la commission nationale des LP), ainsi que des représentants des deux autres associations conviées. Le CSP était représenté par sa présidente Souad Ayada et son Secrétaire David Baudhuin, ainsi que deux chargés de mission. Mme Janier-Dubry, Inspectrice générale et pilote des groupes d’experts en charge de l’élaboration des projets de programmes d’HG et d’EMC, invitée, s’avère absente (une séance de travail avec le groupe a lieu parallèlement).

Dans son propos liminaire, Mme Ayada tient à nous rappeler les conditions de travail du CSP et le calendrier très contraint : celui-ci est accaparé par les programmes de la voie générale et technologique mais aussi par les délais imposés par la lettre de saisine datée du 12 septembre (Lettre de Saisine). Les groupes d’experts (Composition des groupes d’experts) sont constitués et travaillent depuis fin novembre et leur composition est téléchargeable sur la page dédiée au CSP sur le site du Ministère. Elle nous informe qu’elle a reçu la semaine précédente les organisations syndicales pour consultation également.

Les groupes d’experts doivent rendre au CSP les projets de programmes pour les classes de CAP et de 2nde Bac Pro pour le 25 janvier (Cf : calendrier : Note d’orientation). Ces projets seront étudiés, amendés et votés par le CSP à partir du 5 février puis diffusés aux alentours du 15 février. Une consultation en ligne - sous la responsabilité de la DGESCO – interviendra alors ; les organisations syndicales et les associations disciplinaires seront elles-aussi consultées avant une publication officielle à la mi-mars. Mme la Présidente précise également que pour des raisons évidentes de calendriers et de délais, il y aura dès début janvier des rencontres avec les éditeurs de manuels, avant même que les projets ne soient rendus, ce que nous pouvons bien sûr regretter. Le travail sur les programmes des classes de 1re et de Terminale ne seront élaborés par le CSP qu’à partir de la fin du mois de mars et devraient faire l’objet d’une publication à la fin de l’année 2019.

Nous faisons remarquer, même si ce n’est pas du fait que du CSP, que la différence manifeste entre le temps accordé pour la réforme des programmes de LEGT et cette réforme de la voie professionnelle menée au pas de charge, dans la précipitation est un très mauvais signal et s’apparente à un signe de mépris manifeste envers les lycéens et les collègues de Lettres-Histoire avec des délais aussi contraignants.

Franck Collard intervient à ce propos pour rappeler qu’il y a eu différence de traitement entre les deux réformes. Alors que l’APHG avait été reçue par la commission Mathiot, elle a été soigneusement ignorée par la commission Calvez-Marcon. L’APHG s’est inquiétée très tôt du sort réservé aux Lettres et à l’HG, et rappelle son attachement à défendre l’HG dans toutes les voies des lycées, et qu’à ce titre il y a des représentants PLP au sein des instances de l’association. D’ailleurs à la suite du rendez-vous avec Mme Bourhis, l’APHG ne peut qu’être fort contrariée, voire fâchée, de voir à quel point les horaires sont en baisse drastique notamment en Lettres-HG, pour des élèves qui méritent une formation civique et de culture générale tout aussi importante que les élèves de LEGT, en aucun cas réduite alors qu’ils en ont le plus besoin. Elle rappelle également que les collègues de LP connaissent des conditions de travail difficiles, et que cette réforme réduit les lycéens pros à devenir de simples ouvriers, ou employés, des exécutants sans esprit critique et un formation citoyenne réduite.

Nous évoquons rapidement le problème que constitue la mixité des publics dans la gestion de classe et dans l’organisation de l’année du point de vue des programmes et de la gestion pédagogique au sein de la classe qui est totalement ingérable, dès lors que nous sont confrontés de plus en plus à la présence de plus en plus importante d’élèves allophones qui ont besoin de plus d’attention. Il est évoqué ensuite la baisse des postes au concours de PLP LHG (-38%) qui confirme le signal délétère sur la réalité de cette réforme. Nous faisons remarquer que d’un point de vue médiatique tout est fait pour promouvoir l’apprentissage au détriment de l’enseignement public sous statut scolaire.

Iris Naget, pour l’APHG, intervient pour s’inquiéter de la problématique de la poursuite d’études notamment en BTS, diplôme qui suit souvent un Bac Pro : cette baisse d’horaires risque d’être rédhibitoire. Le bac pro a déjà fait l’objet d’une diminution évidente des exigences durant ces dernières années (avec la disparition de la synthèse, par exemple) : les élèves de la voie professionnelle seront de moins en moins préparés à réussir dans le supérieur. En conséquence, nous plaidons pour le retour de ce type d’épreuves au bac en complément de questions de vérification de connaissances.

Vincent Magne, pour l’APHG, rappelle le contexte de la réforme de 2009 et le fait qu’il avait fallu attendre 2011 pour connaître les épreuves du bac. Un même décalage serait très regrettable : n’est-il pas absurde de s’intéresser aux programmes de 2nde, sans s’intéresser aux programmes de 1re et de Terminale, et dès maintenant aux modalités d’examens ?

L’APHG réaffirme son attachement à l’acquisition de connaissances et à la vérification de celles-ci dans le cadre d’un examen national et surtout notre opposition farouche au CCF (Contrôle en Cours de Formation), chronophage, inéquitable et inenvisageable dans sa généralisation.

Franck Collard regrette que les associations disciplinaires ne soient pas représentées dans les groupes d’experts. Mme Ayada nous dit partager nos inquiétudes et nos frustrations quant aux délais et aux moyens en termes d’horaires accordés aux enseignements généraux de la voie professionnelle.

Nous demandons que les programmes soient formulés de façon intelligible pour les élèves et les professeurs. Les préconisations doivent être claires et tout ce qui est exigé à l’examen devra apparaître de façon explicite. Nous ne souhaitons pas l’usage de termes didactiques trop alambiqués. Nous souhaitons une harmonisation dans les dénominations entre les programmes de Français et d’Histoire, à l’inverse de ce qui existe (Sujet d’étude, Objet d’étude) et qui pouvait prêter à confusion, y compris dans les documents d’accompagnement. De même, nous plaidons pour que des parallèles évidents soient établis entre les programmes de nos trois disciplines pour ne pas arriver aux aberrations actuelles et aux redondances au sein du cycle, concernant les médias, la laïcité, les Lumières, etc. La situation actuelle est parfois totalement abracadabrante.

B) La co-intervention

Reprenant la lettre de saisine, Mme Souad Ayada nous demande de nous positionner sur la co-intervention et s’enquiert des mentions, des fléchages que nous voudrions voir indiqués dans les programmes pour des thématiques réalisables dans le cadre de la co-intervention. L’APHG pose alors un problème majeur à ses yeux : pour l’instant, cette co-intervention est fléchée uniquement « Français » et non « Français-HG ». Nous souhaitons donc qu’il y ait modification pour intervenir plus aisément. Malgré notre attachement à la liberté pédagogique, le peu d’heures octroyées ne nous incite pas à croire à une grande liberté d’action… ce que nous déplorons.

Nous souhaitons également ne pas tout sacrifier à la logique de projet : il nous paraît illusoire de vouloir donner des indications programmatiques dans le cadre de la co-intervention quand il apparaît impossible d’envisager tous les cas de figure (co-intervention avec le professeur de gestion ou d’hôtellerie ou de carrosserie ou de soin ?) Lorsqu’un collègue de professionnel aura 2 ou 3 h de co-intervention dans son service, celui de LHG en aura le double ou le triple du fait du nombre de classes, d’autant que la concertation n’est envisagée qu’a minima…

Nous rappelons que la co-intervention s’inscrit dans la droite ligne de ce qu’étaient précédemment le PPCP (Projet Pluridisciplinaire à Caractère Professionnel) puis l’EGLS (Enseignements Généraux liés à la Spécialité), dispositifs axés déjà sur le travail interdisciplinaire avec une collaboration entre un professeur d’enseignement général et un collègue d’enseignement professionnel. Tous ses dispositifs ont été généralisés au cours des diverses réformes et se soldent souvent par un échec. La logique de projet interdisciplinaire se heurte souvent à la réalité. Ces projets ne fonctionnent que ponctuellement quand il y a une alchimie entre un groupe ou une classe, deux collègues qui s’entendent et une adhésion collective. Or dans les faits, ce qui fonctionne une année est souvent un échec l’année suivante. Il nous paraît dès lors difficile d’envisager un cadrage national d’intervention pour nos disciplines, d’autant que nos interventions disciplinaires sont limitées à une vision utilitariste immédiate, impossible à coordonner avec un programme d’HG digne de ce nom, au risque d’apparaître artificiel. C’est pourquoi nous faisons part longuement au CSP de nos doutes quant à la mise en œuvre de ce nouveau dispositif et sur sa réelle efficacité, au détriment d’une acquisition constructive de connaissances.

C) Discussions autour des futurs programmes

Dans la lettre de saisine, Madame Ayada nous indique qu’il est explicitement écrit que les programmes doivent être resserrés et de haute tenue. Aussi sollicite-t-elle notre avis.

Concernant plus particulièrement le CAP, il faut également lever l’ambiguïté, puisqu’il est question de CAP 1 an, 2 ans ou 3 ans. Nous ne serions concernés que par les CAP de 2 ou 3 ans. Dès lors les programmes, conçus en cycle doivent prendre en compte cette durée variable selon le public.

Les représentants de l’APHG posent ensuite la question des horaires disciplinaires ; le CSP lève un peu le voile sur les hypothèses de travail. Pour les CAP, ce sont 21H annuelles disciplinaires, évaluations comprises : cela équivaut à moins d’1H par semaine, autant dire un horaire indigent. Nous soulevons immédiatement la question d’une réelle faisabilité d’un programme avec aussi peu d’heures. Se pose dès lors la question de la place réservée aux situations : avec aussi peu d’heures, il paraît illusoire de pouvoir prendre le temps de s’arrêter sur des études de cas, au risque de saupoudrage.

Concernant le Bac Pro, il est question d’1H30 d’HG par semaine en 2nde et d’1H en Terminale. Là encore, nous nous indignons pour l’APHG : il est regrettable que les horaires diminuent au fur et à mesure que le lycéen devient plus mature et un citoyen de plein droit.

La Présidente du CSP rappelle à juste titre l’importance des enseignements généraux dans l’optique de poursuite d’études ; Mme Ayada semble bien consciente de la place extrêmement réduite voire catastrophique de nos disciplines dans la réforme.

L’APHG souligne qu’il est extrêmement difficile d’envisager des contenus de programmes pour les CAP avec si peu d’heures, ce qui va engendrer beaucoup de frustration chez les collègues, même si l’on peut partir de l’existant. Le CSP confirme que les programmes resteraient sur une logique de cycle et non une programmation annuelle.

De même pour le Bac Pro, nous répétons qu’il nous paraît difficile de réfléchir uniquement sur les programmes de Seconde sans avoir dès maintenant une prise en considération des programmes de Première et de Terminale.

Nous ne pouvons donc partir que de la situation actuelle et faire quelques remarques en proposant des ajustements ou des corrections.

Nous en venons à l’architecture des programmes d’histoire de Bac Pro : d’après ce que nous ont fait remonter les collègues, celle-ci ne soulève pas de problème majeur et pouvait s’avérer intéressante et stimulante. La principale critique émise, de manière récurrente, provient en revanche de son caractère trop dense et ambitieux. Nous rappelons que nous sommes attachés à une progression chronologique sur les 3 ans et qu’il ne faut pas trop d’approches thématiques. De plus il nous paraît inenvisageable que les élèves de Bac Pro ne bénéficient pas, comme c’est le cas actuellement, de cours sur la Ve République (le chapitre, supprimé en 2013, a basculé alors en EMC où il est traité de façon plus succincte). Des citoyens bien formés doivent maîtriser l’essentiel de l’histoire de notre République.

Le problème actuel des programmes est qu’ils partent du postulat erroné que les élèves ont de nombreux acquis ou prérequis, tant au niveau des repères chronologiques que géographiques. Certaines entrées « thématiques » existantes nous paraissent devoir être maintenues, notamment concernant l’histoire du monde ouvrier, mais également du fait religieux à élargir peut-être à l’histoire des religions qui existait avant 2009. Il nous paraît également essentiel de ne pas se limiter également à de l’histoire contemporaine sur la totalité des trois années de Bac Pro. Les programmes actuels commencent avec Humanisme et Renaissance, il faut au moins maintenir a minima ce point de départ.

Nos remarques sont en revanche plus nombreuses concernant la géographie. Il n’est pas souhaitable de continuer à passer une année entière sur la mondialisation. De même nous estimons que les programmes de 2009 obligeaient à une approche trop géoéconomique, géo-institutionnelle ou administrative de la géographie.

Nous portons à la connaissance du CSP un certain nombre des revendications de l’APHG  : nous souhaiterions tout d’abord renverser la logique des programmes de 2009 en étudiant plutôt la France et l’Europe (pas seulement l’UE comme actuellement) en 1re et en Terminale faire une ouverture mondiale par une approche régionale et non simplement par la mondialisation.

Dans cette optique, nous regrettons que l’approche spatiale et typologique ait totalement disparu des programmes, alors qu’ils étaient présents en Terminale BEP avant 2009. En procédant par différents types d’espaces, nous avions l’impression de réellement faire de la géographie. Nous souhaitons donc que cette dimension spatiale réapparaisse. De même, s’il est important d’ancrer la géographie dans le local, nous pensons qu’on ne peut pas réduire les programmes à de l’ultra-local, dès lors que nous souhaitons que l’examen ait une dimension nationale.

Enfin, nous échangeons au sujet de l’EMC. Le CSP nous confirme qu’il y aura bien un programme distinct de celui du LEGT. Les trois associations invitées se rejoignent pour rappeler la nécessité de renforcer l’éducation aux médias. Nous rappelons pour l’APHG notre attachement de sa présence à l’examen.

À l’issue de cette longue audience où l’APHG, bien au fait des réalités du terrain de l’enseignement professionnel, a mené sans cesse le propos et la contradiction, suivie en général par les représentants des autres associations conviées, nos représentants s’accrochent à l’espoir d’une mise en conformité par l’Institution du souhait gouvernemental de respect et de prise en considération des interlocuteurs de terrain sur une réforme pour l’instant inacceptable.

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