Audience avec le Conseil Supérieur des Programmes du 20 mars 2019 Compte rendu de l’APHG / Enseignement de spécialité

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COMPTE-RENDU DE LA RENCONTRE AVEC LE CONSEIL SUPÉRIEUR DES PROGRAMMES (CSP).

Mercredi 20 mars 9h30 à 12h30.

Le CSP représenté par sa présidente Souad Ayada, son secrétaire général David Bauduin, a reçu les associations disciplinaires (APHG, SOPHAU, SHMESP, AHMUF, AHCESR, Clionautes) et les syndicats (SNES, SNALC, UNSA, SGEN) pour la présentation des projets de programmes de terminale du tronc commun histoire-géographie, puis de la spécialité histoire-géographe-géopolitique-sciences politiques. A ce moment de la réunion, sont arrivés des représentants de l’APSES et de la CDPSES.

Les discussions préalables à cette rencontre ont eu lieu entre l’APHG (Christine Guimonnet) et les représentants de la SOPHAU (Sylvie Pittia et Catherine Grandjean), la SHMESP (Aude Mairey, Dominique Valerian), l’AHMUF (Céline Borello), et l’AHCESR (Julie d’Andurain). Un des objectifs est de préserver une répartition des quatre périodes sur l’ensemble du cycle, en profitant des opportunités de la spécialité, le tronc commun de première et terminale étant exclusivement consacré à l’histoire contemporaine.

Remarques générales : Souad Ayada expose le calendrier aux représentants de l’APSES et de la CDPSES et précise que ce qui nous est présenté est un travail en cours, non définitif.

Spécialité Histoire-Géographe-Géopolitique-Sciences politiques

Florence Smits, Inspectrice générale, explique que c’est la même démarche que la classe de première. Ce nouvel enseignement est une sorte de défi, car il faut partir d’une page vierge.

Les titres ne sont encore en chantier et l’ordre des thèmes n’est pas figé.

Volonté de ne pas mettre les collègues en porte-à-faux par rapport au Tronc commun d’Histoire-Géographie, ni d’avoir de zone de recouvrement avec la spécialité SES, afin que l’élève qui choisit ces spécialités ne soit pas confronté à des redondances.

Approche pluridisciplinaire, en ayant recours à l’approche la plus pertinente pour chaque thème.

  • Classe de première : poser les fondements, la méthodologie ; horaire 4h
  • Classe de terminale : comprendre les grands enjeux ; horaire 6h

Structure identique :

  • introduction (pourquoi ce thème ?)
  • 2 axes de lecture
  • des jalons pour éclairer ces axes
  • un thème conclusif (TC) qui remobilise les notions.

2 évaluations (toujours aucune information quant à la nature de l’épreuve) + une épreuve écrite au bac. Le travail sert également de base pour le grand oral (on ne sait pas comment).

THÈME 1

États et inégalités dans le monde (aspects historiques et spatiaux)

  • appropriation de l’espace public selon le genre
  • comment les acteurs agissent-ils contre ces inégalités ?
    TC = santé et inégalités dans le monde

THÈME 2

Les liens ; interdépendances et connexions

  • les diasporas
  • la financiarisation du monde
    TC = le cyberespace

THÈME 3

Lieux de nouveaux enjeux de conquêtes, d’affirmation de puissance

  • l’espace
  • les océans (dominer à partir de la mer ; quels enjeux dans les relations internationales ?)
    TC = La Chine face à cette double conquête

THÈME 4

Faire la guerre, faire la paix

  • la guerre et sa dimension politique
  • la paix comme défi : comment la faire grâce les traités (Westphalie) et grâce aux actions collectives (ONU)
    Travailler sur Clausewitz et sur ce qui lui a permis de bâtir son analyse ; vérifier si cette analyse est toujours pertinente avec les guerres irrégulières (d’Al Qaïda à Daech ?)
    TC = Le Moyen Orient, conflits régionaux et tentatives de paix (volonté de montrer les multiples essais pour parvenir à la paix, ne pas seulement être dans une histoire négative)

THÈME 5 où tout est en construction !

Enjeux de mémoire face aux violences de masse et aux génocides

  • combats pour la mémoire
  • les lieux de mémoire
  • luttes pour la reconnaissance
  • surmonter les violences de masse (droit de la guerre, procès)
    TC = Mémoire de la Shoah et ses enjeux

THÈME 6

Question environnementale : la transformation des milieux = quels accords, motivations derrière la protection des espaces dits de nature ?

  • environnement en débats : nourrir les hommes, la question des ressources, les inégalités
  • Malthus : quelle postérité ? Travailler sur un personnage dont tout le monde entend parler sans réellement l’étudier
  • Quels reculs ? La question environnementale est ancienne
    TC = La pêche (ressource, gestion, géopolitique)

DISCUSSION

D. Valerian (SHMESP) a la sensation que le programme commence au XVIIIe siècle, et qu’il n’y a aucune profondeur historique permettant d’insérer de l’histoire ancienne, médiévale. Il fait référence à une étude sur les mots de la paix. Il suggère de penser les diasporas sur le temps longs, de travailler sur les minorités religieuses au Moyen Age.

S. Ayada propose, face à Clausewitz, un autre penseur de la guerre/paix de l’Antiquité ou du Moyen Age.

Aude Mairey (SHMESP) songe à Christine de Pisan, à des travaux sur l’environnement sur la longue durée. Les enjeux de mémoire sont très importants pour l’Antiquité, le Moyen Age. D. Valerian, qui trouve le T5 fondamental suggère qu’on le titre plutôt Histoire et Mémoire, afin de montrer la différence entre les deux, la construction de l’histoire, de son écriture, ainsi que ses usages. Jérôme Grondeux écoute avec intérêt et annonce en faire une des entrées du thème.

Les jalons doivent être pensés sur la longue durée. Florence Smits précise que le jalon est ce qu’on doit développer, ce n’est pas l’exemple.

S. Pittia (SOPHAU) évoque une sensation de répétition qui peut saturer l’élève (océans, guerres qui reviennent à plusieurs). Elle verrait davantage une question

  • sur la diplomatie (profondeur, approche sur le temps long) ; donner des clés de compréhension qui ne soient pas dans la répétition
  • sur la mémoire associée à l’utilisation politique de l’histoire (inscriptions martelées, monuments détruits …les faits anciens permettent une prise de distance)

Catherine Grandjean (SOPHAU) et Christine Guimonnet (APHG) rappellent leurs propositions de thèmes transversaux, comme l’esclavage (recoupe le thème sur le lien par exemple). Les deux associations défendent une mobilisation des autres périodes qui ne soit pas seulement cosmétique.

Jérôme Grondeux : les points de passage et d’ouverture servent à penser l’entrée et l’ouverture. Il ne faut donc pas partir du principe que le personnage de Périclès empêche de dire autre chose de la période. Un programme donne des points d’entrée à partir desquels on conceptualise et on explique, ce que les professeurs savent parfaitement faire. Un programme n’est pas une histoire. Il doit rester praticable pour les enseignants.
Florence Smits explique qu’il n’y a pas de répétition.

PROBLÈMES

L’APSES voit mal la dimension sciences politique. Jérôme Grondeux revient sur les débats et l’arbitrage (exposés le 3 octobre dernier) au sein du groupe : quelle définition des sciences politiques ? Il s’agissait aussi de ne pas empiéter sur la spécialité SES.

La fin de la réunion met en exergue les conflits découlant de la création des spécialités et de l’obstination du Ministère à envisager des partages. La CDPSES demande le fléchage des thèmes 1 et 6 pour les professeurs de SES et insiste sur la richesse des approches. L’APSES demande qui va corriger et quelle sera l’équité ? Le SNALC explique que la DGESCO a annoncé que les professeurs d’HG corrigeraient les épreuves de spécialité en première (confirmé par le SNES).

Nous insistons sur le respect des qualifications disciplinaires de chacun (un professeur d’HG n’est pas un professeur de SES et n’importe qui ne saurait enseigner n’importe quoi).

Nous rappelons que les historiens-géographes ne veulent pas de partage de cette spécialité, orientée HG (car elle est l’approfondissement du tronc commun d’HG), et que les professeurs de SES ont déjà une spécialité de plein exercice.

Vouloir impérativement un partage, s’en remettre à l’autonomie des lycées a déjà entraîné une atmosphère délétère dans une partie des établissements : le Ministère génère ainsi délibérément des tensions, des conflits qui n’existaient pas, mettant à mal la cohésion des équipes pédagogiques et l’entente entre professeurs.

Jérôme Grondeux fait la lecture suivante : les professeurs d’HG sont capables de tout enseigner et que des entrées pourraient permettre l’intervention ponctuelle d’un professeur de SES.

Compte rendu par Christine Guimonnet (APHG).

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