L’Inrap, un site compagnon des enseignants d’histoire-géographie Ressources pédagogiques & scientifiques

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Par Joëlle Alazard. [1]

Le site de l’Inrap, un site compagnon des enseignants d’Histoire-Géographie.

L’archéologie ayant révolutionné l’histoire, ce n’est pas la terre que nous fouillerons aujourd’hui mais l’incontournable site de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) dont les dossiers, variés et constamment enrichis par une actualité archéologique foisonnante, peuvent s’avérer extrêmement précieux pour tous les enseignants d’histoire-géographie soucieux de renouveler leurs pratiques et de rester informés de la recherche scientifique.

L’ARCHÉOLOGIE, UNE RÉVOLUTION SILENCIEUSE

Depuis une quarantaine d’années, l’histoire a été révolutionnée par l’archéologie. Le développement des fouilles préventives et les extraordinaires progrès techniques et méthodologiques de la discipline (recours aux procédures de datation absolue, méthodes de télédétection et de prospection géophysique, développement de l’archéodémographie, de la bioarchéologie….) ont permis de revisiter l’histoire et d’en découvrir des pans entiers. Qu’il s’agisse de l’enfance de l’homme (Toumaï, il y a sept millions d’années) ou des premières migrations de l’homo erectus il y a près de deux millions d’années, de l’origine des civilisations sédentaires, des évolutions techniques ou de l’adaptation de l’homme à son milieu, l’archéologie a permis de réviser la datation et d’affiner la compréhension de phénomènes cruciaux pour l’histoire de l’humanité ; elle permet de mieux comprendre les conditions économiques, politiques et sociales de la fondation ou de la dislocation de grands empires anciens tout en apportant des éclairages précieux sur des époques plus récentes et documentées. Parce que la somme des connaissances réunies s’avère faramineuse, les enseignants soulignent de plus en plus fréquemment, dans leurs classes, la richesse de l’apport archéologique et le caractère fructueux du dialogue établi entre les sources textuelles et les sources matérielles. Qu’il s’agisse de sociétés peu documentées par l’écriture ou des civilisations de l’écrit, nos élèves ont tout à gagner à mieux comprendre les méthodes, les apports et les enjeux décisifs de l’archéologie contemporaine.

DU TEMPS QUI PRÉCÈDE LA FOUILLE A CELUI QUI LUI SUCCÈDE : L’INRAP AU CŒUR DE LA CHAÎNE OPÉRATIONNELLE DE L’ARCHÉOLOGIE

Né en 2002 et placé sous la tutelle des ministères chargés de la Culture et de la Recherche, l’Inrap a pour mission de réaliser des fouilles d’archéologie préventive : des diagnostics et des fouilles visant à évaluer le potentiel archéologique des terrains sont ainsi menés partout en France et à l’étranger, avant la réalisation de projets d’aménagement. Au-delà de la découverte des traces matérielles qui documentent le terrain avant sa « libération », l’Inrap assure également leur exploitation scientifique (rapports, publications régulières d’ouvrages très utiles aux enseignants) et participe activement à la recherche archéologique internationale. En diffusant largement le résultat de celle-ci, l’Inrap est devenu un acteur essentiel de l’apprentissage et de la transmission archéologique, tout en valorisant largement celle-ci dans l’espace public : organisation de « portes ouvertes » de chantiers de fouilles, élaboration de plaquettes de présentation ou d’expositions toujours accessibles au grand public, animations assurées par des archéologues soucieux de présenter leur métier et les évolutions de celui-ci, en lien avec l’essor continu des techniques. L’Inrap est aussi le créateur, en 2010, des JNA (journées nationales de l’archéologie) qui permettent à tous les curieux, comme aux enseignants et à leur classe de visiter, sous la conduite de professionnels, des chantiers en cours.

SE FORMER ET MIEUX ENSEIGNER GRACE AU SITE DE L’INRAP. QUELQUES COUPS DE PROJECTEURS SUR UN SITE ET DES DOSSIERS PARTICULIÈREMENT UTILES A L’ENSEIGNANT :

Nombreux sont aujourd’hui les enseignants cherchant à sensibiliser les élèves à l’archéologie : à l’image des JNA qui constituent de précieux moments de formation par la mise en contact avec le terrain, les ressources du site de l’Inrap offrent une large palette de ressources et d’outils (fiches de synthèse, découvertes, épisodes de l’émission Carbone 14, conférences, dossiers multimédias et quiz). Dans une langue claire et soucieuse d’éviter tout langage excessivement technique, sous des apparences parfois ludiques, les données du site sont, malgré leur haut niveau et leur enrichissement constant, accessibles au plus grand nombre.

Des ressources pour comprendre la révolution scientifique de l’archéologie contemporaine.

Tout en répondant aux éventuelles vocations pour l’archéologie, le magnifique dossier « Profession archéologue » permet aux enseignants de mieux saisir l’actualité des évolutions scientifiques. Le site présente ainsi des fiches sur les différentes sciences de l’archéologie, avec des interviews de spécialistes qui évoquent l’anthracologie (avec Sylvie Coudray), l’anthropologie (avec Véronique Gallien), la carpologie (Marie-France Dietsch-Sellami), la palynologie (étude des pollens) avec Delphine Barbier-Pain, l’archéozoologie avec Ginette Auxiette, la céramologie avec Alban Horry… Autant d’éléments permettant de rappeler que toute trace archéologique élabore de la connaissance historique et que l’univers quotidien de ces spécialistes – dont bon nombre sont des femmes, loin de l’image de l’archéologue explorateur et pilleur du XIXe s. ou du début du XXe s. – ne s’arrête pas au terrain et à la découverte de matériaux.

De nombreuses fouilles nourrissent par ailleurs d’épais dossiers sur des « masses de granit » des programmes scolaires et peuvent, en présentant l’environnement matériel et la vie quotidienne des sociétés, donner lieu à des travaux formateurs pour les élèves : au-delà de la découverte de traces matérielles laissées par les hommes et les femmes du passé, les classes peuvent saisir les mécanismes intellectuels qui interrogent et éclairent les trouvailles en contexte, permettant l’élaboration d’un discours scientifique et les progrès de l’histoire.

Des ressources sur la Préhistoire pour le programme de 6e :

La Préhistoire, réintroduite en 6e par les programmes de 2015, est sans doute la période où la sensibilisation à l’archéologie peut se développer et s’épanouir le plus naturellement. Le site de l’Inrap offre bien des données sur les débuts de l’humanité et la révolution néolithique alors que la biologie, la culture et l’environnement interagissent fortement. Comment définir l’humanité, à l’heure où les archéologues nous ont montré que l’outil n’est pas une caractéristique propre de l’homme ? Comment approcher ses différents berceaux, ses capacités d’adaptation et de transformation du biotope, les migrations successives qui l’ont amené à sortir d’Afrique ? Comment transmettre efficacement aux élèves les grandes lignes de l’histoire complexe des hominidés, la coexistence de l’homme de Néandertal, de l’homme de Denisova et de l’Homo Sapiens sur une même planète, leurs rituels et l’émergence d’une spiritualité ?

Le site permet une entrée chronologique par périodes, proposant à chaque fois de riches dossiers (sur le paléolithique, sur le mésolithique et l’adaptation des chasseurs-cueilleurs au réchauffement climatique, sur le néolithique et les premières sociétés paysannes, sur l’âge du bronze et l’entrée dans la protohistoire ou l’âge du fer où l’écriture se répand inégalement dans les sociétés humaines. Des documents et des synthèses sont ainsi offerts sur les habitats, l’économie et la culture matérielle, les rituels funéraires pour mieux comprendre l’organisation et les dynamiques à l’œuvre sur les territoires humains, les migrations et les essaimages qui permettent le peuplement de la terre mais aussi l’essor des techniques et l’apparition d’organisations politiques ; les nombreuses fouilles menées sur des territoires celtes et gaulois, parfois extraordinaires comme dans le cas du tumulus de Lavau, peuvent permettre des études de cas ou la recherche d’un exemple situé dans la région de l’établissement scolaire. Soulignons enfin la présence de « quiz » ludiques pensés pour un jeune public qui doit s’approprier quelques notions centrales (on mentionnera pour exemples « Je découvre la Préhistoire », « Je découvre le Néolithique »).

Des ressources sur l’Antiquité

Le fort développement de l’archéologie préventive en France a permis de collecter un grand nombre d’informations sur l’antiquité romaine et gallo-romaine : les ressources mises en ligne permettent de mieux comprendre l’économie, la société, la politique et les croyances ou de ressusciter le passé antique des villes : ainsi à Poitiers quand elle s’appelait Limonum ou à Uzès, que l’on connaissait mieux pour son passé médiéval que son passé antique.

Ce dossier « Antiquité » de l’Inrap permet aussi de revenir sur des sites romains majeurs du territoire comme les arènes de Nîmes au moyen de films pensés pour des scolaires, d’une visite virtuelle, de jeux pour comprendre l’architecture ou placer le public tout en laissant la parole aux experts qui permettent de comprendre les fonctions d’un amphithéâtre et de réviser la datation du monument pour lequel les inscriptions manquent (l’amphithéâtre de Nîmes, longtemps dit flavien, daterait ainsi du règne de Trajan). Un riche dossier sur les origines de Lutèce se prête aussi aisément à l’exploitation pédagogique. Comme pour les dossiers de la Préhistoire, on trouve aussi, au fil des éléments réunis, d’utiles synthèses, ainsi sur les habitats ou sur les biens de prestige et les arts. Des quiz à destination des collégiens agrémentent aussi les dossiers (« Je découvre la Gaule romaine », « Je découvre les Gaulois »).

Le Moyen Age

Les fiches de synthèse disponibles dans le dossier facilitent le travail d’élaboration des cours alors que les élèves pourront vérifier leurs connaissances tout en s’amusant avec un questionnaire ludique sur les Vikings ou sur l’ensemble de la période.

Toutes les thématiques des programmes peuvent être couvertes. De courts documentaires se révèlent ainsi utiles pour approcher l’économie et les sociétés rurales (un reportage sur le village d’Aimargues présenté par Odile Maufras, Marie Rochette et Christophe Tardy ou sur le village du Mas de Roux avec Hervé Pomarèdes et Mathieu Ott) alors que d’autres permettront de mieux enquêter sur la ville médiévale : qu’il s’agisse de l’évolution des fortifications de Nantes de l’Antiquité tardive au Moyen Age , ou de l’hôpital médiéval de Dijon, dont deux de ses faubourgs médiévaux ont été retrouvés. La question de l’organisation sociale sous-tend un bon nombre de ressources, tout comme le fait chrétien (ainsi la découverte d’une chapelle du XIIe s. à Moissac, un reportage sur le couvent des Jacobins de Rennes contenant plus de mille sépultures ou encore la découverte d’une commanderie à Compiègne, passée rapidement aux mains des Hospitaliers.

L’époque moderne

Là encore, les fiches de synthèse, extrêmement bien conçues sur l’habitat, la culture matérielle, le traitement des morts… s’avèrent utiles pour les enseignants qui trouveront des éléments sur des lieux dont il est souvent question dans les chapitres d’histoire portant sur la Renaissance (les extraits d’un documentaire sur le rêve de pierre qu’est Chambord) ou sur la monarchie absolue (ainsi sur des fouilles menées à Versailles ou sur la découverte du fort Saint-Sébastien, camp d’entraînement des armées de Louis XIV sur lequel une très belle émission du Salon noir, ancien nom de Carbone 14, avait été enregistrée. On trouvera aussi quelques données sur le protestantisme, comme ce court reportage sur l’hôpital protestant de la Rochelle, cas unique en France.

Parmi de nombreuses ressources, on soulignera la présence d’un riche dossier permettant de traiter de la question de l’esclavage, celui consacré à l’île de Tromelin où des esclaves malgaches naufragés de l’Utile ont vécu durant une quinzaine d’années.

L’époque contemporaine

L’exemple de la Première Guerre mondiale

L’archéologie permet aussi de revisiter des pans bien connus de l’histoire contemporaine. Il en va ainsi de la grande guerre, pour approfondir avec les élèves la question de la prise en charge des blessés et des défunts, leur inhumation, la chirurgie de guerre et l’apparition des cimetières de fortune, tout en posant une question mémorielle essentielle, celle de l’identification des soldats (c’est le cas du cimetière allemand de Boult-sur-Suippe, dans la Marne, où 530 sépultures ont été trouvées et inventoriées avant la construction d’un lotissement) ; les élèves peuvent également visionner un court documentaire sur le camp allemand d’Isle-sur-Suippe, en Champagne dont les fouilles, présentées par Anne-Charlotte Baudry et Bruno Duchêne, permettent de mieux restituer le quotidien des soldats (objets personnels liés à l’hygiène, artisanat des tranchées….), d’étudier le ravitaillement comme les échanges avec les populations civiles du village.

Si l’entrée par période a été ici favorisée, il est aussi possible d’effectuer des recherches par région, par thèmes ou par type de médias et de se documenter sur d’autres territoires que celui de la métropole ou des départements d’outre-mer comme la Guadeloupe et la Martinique où d’anciennes sucreries ont été fouillées et étudiées par l’Inrap. Des dossiers transversaux sur des produits comme le sel et le vin sont par ailleurs disponibles sur le site, prêts pour de stimulantes exploitations pédagogiques.

« Nous fouillons, c’est votre histoire ». En rendant intelligibles les données de la recherche, aussi technique et récente soit-elle, les équipes de l’Inrap permettent aux enseignants de mieux s’informer sur l’actualité de l’archéologie et de sensibiliser efficacement élèves et étudiants aux apports décisifs de celle-ci à notre connaissance de l’histoire, à notre histoire, à nos histoires. Qu’elles en soient ici remerciées.

Participez aux Journées nationales de l’archéologie (JNA) !

Illustration : Une histoire des civilisations. Sous la direction d’Alain Schnapp, Jean-Paul Demoule et Dominique Garcia, La Découverte et Inrap, 2018. Lien vers le site de l’éditeur ici. La revue Historiens & Géographes, dans son numéro 445 (février 2019), a réalisé un entretien avec Dominique Garcia, Président de l’Inrap (pp. 18-22, sommaire du numéro ici).

Participez aux Journées nationales de l’archéologie (JNA) !

Illustration « en une » : L’équipe enseignante d’Histoire et Géographie du Lycée Marseilleveyre en partenariat avec l’Association des Professeurs d’Histoire-Géographie (Régionale d’Aix-Marseille) et l’Inrap a organisé un cycle de conférences autour du thème « Conflits et territoires » pendant l’année scolaire 2015-2016. Photo Daniel Micolon - APHG & Inrap. DR. Compte rendu sur le site de l’APHG ici.

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Notes

[1Vice-présidente nationale de l’APHG.