Les françaises au cœur de la Guerre,1939-1945 Compte-rendu de lecture

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Par Catherine Chadefaud [1]

Evelyne MORIN-ROTUREAU (dirigé par), Les françaises au cœur de la Guerre,1939-1945, Paris, éd. Ministère de la Défense et Autrement, octobre 2014, 223 pages, ouvrage illustré de nombreuses photographies et affiches, bibliographie et liste de films documentaires.
Prix : 30 E

En 1939, les femmes en France n’ont pas encore obtenu d’être citoyennes et malgré les actions des « Suffragistes » dès avant 1914, elles ne disposent pas du droit de vote.
Dès la Débâcle de juin 1940, le grand nombre de prisonniers a pour conséquences de laisser plus de 800 000 femmes seules, elles doivent assumer dans bien des cas la responsabilité de chef de famille.

Tous les aspects de la vie des femmes sont abordés dans cet ouvrage. L’ensemble se décompose en quatre thèmes.

Le premier s’attache à décrire comment les femmes subissent l’Occupation dans leur vie quotidienne qu’elles affrontent à travers les conséquences de l’Exode, et face à la pénurie pour nourrir leur famille. Elles sont la cible de la politique du gouvernement de Vichy face à la Maternité (la « fête » des Mères est abordée). Ensuite les auteurs traitent de la situation particulière des femmes juives en France. Un chapitre vient clore l’ensemble sur le sujet des rapports sexuels mis sous contrôle de l’occupant allemand (la phobie des maladies sexuellement transmissibles et la question de la surveillance de la prostitution légale).

Le deuxième thème analyse tous les aspects de la résistance à l’occupant : l’anonymat des résistantes : d’où venaient-elles et quels mobiles les poussaient à agir ? Différentes formes de patriotisme les mènent à des actions courageuses et héroïques jusqu’à la mort. Comment ces femmes, telle Lucie Aubrac, participent à la France combattante quelles que soient leurs origines et leur niveau de conscience politique ? Un chapitre particulier est dévolu à la « survie » des femmes à Ravensbrück, un autre s’attache à l’action des « Rochambelles », femmes sous l’uniforme de la France Libre à Londres…

Le troisième thème évoque le temps de la Libération en 1944 et la disparition des résistantes. Quelles furent les premières élues de la République, mais aussi comment furent vécus les rapports entre les identités masculines et féminines après ces temps de troubles : la domination masculine et l’identité virile en ressortent confirmées. Dans ce contexte sont manipulées des images de jolies filles et femmes qui peuplent l’imaginaire américain lors du débarquement, le tout relayé par les photographies de la presse à grand tirage. Parallèlement un châtiment sexué, la tonte, fustige et humilie publiquement les femmes qui avaient entretenu des relations avec les Occupants nazis.

Le quatrième thème de l’ouvrage est sans doute le plus original : comment les femmes furent-elles les oubliées de l’art, de la culture après 1945 ? Nous découvrons le travail acharné et méticuleux de Rose Valland pour retrouver les œuvres d’art après le pillage nazi. Quelques femmes furent des créatrices en matière littéraire et artistique comme l’étudiante Hélène Berr à travers son journal. Les femmes enfermées dans les camps tentèrent secrètement par la plume et le pinceau de survivre à l’horreur tout en témoignant de leur vécu : dessins de Violette Lecoq , comédie-musicale « Verfügbar aux enfers » rédigée par Germaine Tillion, ethnologue, la poésie de Charlotte Delbo, et bien plus tard Marceline Lordian-Ivens qui donne son témoignage à travers le cinéma. Dans cette dernière section sont proposés quelques portraits de femmes remarquables à travers les productions du cinéma français sous l’Occupation. Marie Déa dans les « Visiteurs du soir » (Marcel Carné, 1942) présente une inversion des rapports amoureux. Le film de Gremillon « Le ciel est à vous » (1944) évoque avec Madeleine Renaud une nouvelle image de la femme loin des stéréotypes misogynes de l’époque. Un film qui reste ambigu mais qui parvient à donner une vision subtile et complexe de la vie d’une femme oscillant entre la sphère privée et les engagements de la vie publique et professionnelle. Dans l’immédiat après-guerre les identités masculines et féminines ont connu des bouleversements, mais les femmes peinent à faire reconnaître leur liberté politique, sociale et sexuelle.

L’ouvrage est étayé par une iconographie de qualité choisie tant dans les sources publiques (DMPA) que dans des collections privées (cf. p. 223) : photographies de la vie quotidienne, portraits, affiches de cinéma, affiches de propagande (relatives à la famille), dessins et esquisses pris sur le vif dans les camps de concentration, dessins d’enfants.

La précision du récit allié à l’iconographie en font un outil de travail utile pour les professeur-e-s d’Histoire et d’Education civique tant au collège qu’au lycée afin d’approfondir les programmes, voire de proposer des sujets de TPE.

Paris, le 2 mai 2015.

Voir en ligne : Les Françaises au cœur de la guerre, Editions Autrement

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Association Réussir l’égalité Femmes/Hommes
Membre de l’APHG (Régionale d’Île-de-France).

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