Colloque au Rwanda : retours et ressources
Du 10 au 19 septembre 2022, toute une équipe de chercheurs a été réunie au Rwanda par l’Université du Rwanda et l’Équipe de recherche ÉRE-France dans le cadre du 1er cycle d’un grand colloque franco- rwandais intitulé : « Savoirs, sources et ressources sur le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda. »
L’APHG y a été représentée par Yveline Prouvost, responsable de l’Atelier Lycée, et Daniel Micolon.
Un projet y est né: créer des ressources accessibles fiables pour les élèves et les enseignants afin de comprendre et enseigner le génocide perpétré contre les Tutsi.
C’est ce travail que nous vous présentons :
- Nos articles sur ce colloque
- Des ressources audios utilisables en classe
Vous trouverez ci-dessous des ressources (notamment audios) utilisables en classe et un article complet sur ce colloque.
L’article de Daniel Micolon à lire dans la revue Historiens & Géographes n°460 (novembre 2022) :
« Rwanda, rattraper le temps perdu… : la recherche en acte. Savoirs, sources et ressources sur le génocide perpétré contre les Tutsi. Colloque international : Kigali-Huye-Kigali (septembre 2022) », p. 43L’APHG au Rwanda : l’éducation en acte
Par Yveline Prouvost [[Professeur au Lycée Baudelaire de Roubaix Présidente de la Régionale de Lille Responsable de l’Atelier Lycée de l’APHG]]. Paris, un petit matin de septembre 2022, environ 20 personnes prennent ensemble le premier avion qui nous mènera quelques heures plus tard à Kigali. Tous ont un objectif : participer à un colloque international franco- rwandais intitulé : « Savoirs, sources et ressources sur le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda ».
Parmi eux, deux membres de l’APHG : Daniel Micolon et moi- même, Yveline Prouvost, responsable de l’Atelier Lycée, invités par Vincent Duclert, président de la commission chargée de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi et auteur d’un rapport remis le 26 mars 2021 au Président de la République.
Notre mission : représenter l’enseignement du génocide sur place, collecter des donner, créer des liens et des contacts… C’est tout cela dont je me dois de vous faire le bilan.
Le colloque s’est tenu entre Kigali et Huye-Butare du 11 au 19 septembre dernier et a réuni plus d’une centaine d’intervenants de tous horizons sous la double présidence de Vincent Duclert et du Professeur Charles Kabwete Mulinda de l’Université du Rwanda. Parmi ces intervenants, quelques membres de la commission de recherche qui a produit le rapport tels Raymond Kévorkian, Françoise Thébaud ou Chantal Morelle.
Les participants[[Difficile de synthétiser : il est impossible de nommer tout le monde, mais nommer l’un sans évoquer l’autre est tout aussi complexe : un certain nombre de personnes apparaîtront donc dans cet article et je prie de bien vouloir me pardonner ceux qui n’y figurent pas : les interventions, les échanges furent tous plus passionnants les uns que les autres, que ces omissions permettent simplement aux lecteurs le plaisir de la découverte lorsque les actes du colloque paraîtront.
Je fais donc le choix de vous renvoyer sur le programme de ce colloque en suivant ce lien, ainsi qu’aux actes qui seront publiés en 2023.
]] proviennent en effet de très nombreux domaines de recherche ou d’action : chercheurs en histoire, en anthropologie, en sociologie, en politiques sociales, mais aussi juristes, politistes ou hommes politiques, chercheurs en littérature ou en philosophie, membres d’associations 1, ou rescapés témoins des faits 1.
Par ailleurs, nous sommes tous, aussi, de différents horizons géographiques : français, rwandais, anglais, américains.. Ce colloque s’est tenu en différents lieux, tous symboliques. Tout d’abord à Kigali, lieu d’arrivée de la délégation française, l’inauguration du colloque s’est déroulée dans un mémorial du génocide situé à Kigali : le mémorial de Gisozi. Dès le lendemain de l’inauguration, les conférences se sont déplacées à Butare, ville de l’Université du Rwanda, une des régions qui abritait de nombreux Tutsi avant le génocide et où celui-ci a été particulièrement meurtrier. C’est là, au sud-ouest du pays, que se sont déroulées la plus grande partie des travaux réflexifs, ponctués, là encore, de moments intenses de recueillement à Butare même, puis au sein du mémorial de Murambi.Le colloque s’est ensuite de nouveau déplacé à Kigali pour les derniers jours. Quelques conférences ont eu lieu « Chez Lando », un hôtel particulièrement symbolique, lieu de rencontre de l’opposition politique avant le génocide. Elles ont débuté par un vibrant hommage de sa sœur, Anne-Marie Kantengwa, à Landoald Ndasingwa, surnommé Lando 2, témoignant de la mémoire encore très vive du génocide [(Il est d’ailleurs important de noter qu’une autre des soeurs de Lando est Louise Mushikiwabo, nommée secrétaire générale de l’OIF en 2019.]]. La délégation a aussi été accueillie au Centre culturel francophone de Kigali au cours d’une soirée mémorable 2, ainsi que, le dernier jour, à la résidence de l’Ambassadeur de France au Rwanda.
Les dernières interventions, ont pu réunir Vincent Duclert, Stéphane Audouin Rouzeau, Hélène Dumas, mais aussi Robert Muse, président de la commission nommée par le Rwanda afin d’enquêter sur le rôle de la France dans le génocide en même temps que la commission française.
Des interventions ont ainsi abordé l’ensemble du contexte historique du pays, tout ce qui a rendu possible le génocide, comme la racialisation progressive de la société rwandaise dès les années 50 ou 60 4.

De riches réflexions ont aussi été envisagées autour d’une approche genrée du génocide : création de mythes autour de la femme Tutsi avant le génocide, femmes cibles particulières des génocidaires, femmes victimes de violences spécifiques 4, mais aussi, femmes coupables d’actes génocidaires 6.
Le rôle de la France lors du génocide a lui aussi été évoqué. Certains chercheurs présents au colloque travaillent ces questions depuis très longtemps 7. Cependant, désormais le sujet est au cœur des préoccupations, avec une parole ouverte côté français comme côté rwandais, même si l’on ne peut parler de consensus, ce qui est le sens même de toute recherche.
Autre piste de réflexion : les enjeux mémoriaux. De nombreux chercheurs travaillent autour des mémoires et de la mémoire du génocide, et les problématiques sont nombreuses : ce qui a présidé aux choix de création des mémoriaux, l’organisation des mémoriaux, le rôle des associations, le rôle du gouvernement dans la préservation, la diffusion de la mémoire du génocide, les mémoires du génocide et les traumas du génocide. Certains intervenants ont fait partie des premiers décideurs des politiques mémorielles ou éducatives autour de ce génocide.Autres thèmes importants : celui de la lutte contre le négationnisme 8 et celui de la réconciliation nationale, qui sont tous deux au cœur de la politique rwandaise actuelle et dont les enjeux complexes apparaissent clairement.
La justice a aussi été l’objet de réflexions intenses au cœur du colloque. Des interventions ont permis d’aborder les tribunaux Gacaca, mais aussi tous les combats récents de la justice, en particulier les poursuites actuelles contre les génocidaires réfugiés à l’étranger 9.
Comme l’indiquait le titre du colloque, le problème des ressources, des archives, a lui aussi fait l’objet de différentes communications. Les participants au colloque ont même pu découvrir le centre de traitement des archives d’Ibuka à Nyanza, lieu de commémoration à Kigali.
Je suis ensuite intervenue une seconde fois autour de l’enseignement du thème des Tribunaux Gacaca et de l’usage possible des Archives ou d’extraits de films (comme Les collines parlent de Bernard Bellefroid 5) dans ce but. A noter, au sein du colloque, la présence de plusieurs intervenants qui participent aussi aux formations destinées aux enseignants sur le génocide des Tutsi, au mémorial de la Shoah 11. Leur point de vue a été particulièrement éclairant ici.
Mais l’APHG a aussi eu le souci de créer des ressources pour les élèves ou les enseignants. Un certain nombre de capsules audio, à destination des élèves ou des enseignants français ont donc été réalisées lors de ces rencontres afin d’appuyer certains de ces points. J’ai privilégié, pour ces premières capsules, des rencontres avec des chercheurs rwandais, que je craignais de ne plus rencontrer facilement. Elles seront mises en ligne le plus rapidement possible sur le site de l’APHG, et seront surtout enrichies par d’autres capsules à venir permettant d’entendre des intervenants qui vivent ou travaillent en France. Finalement, si un seul mot devait décrire et résumer l’intégralité du colloque ce serait….intensité ! Celle des interventions d’abord : intensité des thèmes abordés, des témoignages, mais aussi intensité des journées de travail, des émotions ressenties lors des conférences ou dans les lieux de mémoire comme en découvrant ce pays magnifique et l’effroyable contraste entre la beauté des sites et les horreurs qui y ont été commises, intensité des rencontres, des échanges lors des conférences comme lors des moments informels entre participants. Ce sont des moments forts, que j’espère vivement parvenir à vous faire partager par ces quelques mots car d’abord et avant tout : c’est vous que nous représentions ! Un colloque riche, une véritable « recherche en acte » comme l’indiquait le sous-titre du colloque, recherche qui se poursuivra lors d’une seconde session en septembre 2023 à Paris. En remerciant vivement Vincent Duclert pour son invitation, les membres de l’équipe de recherche pour leur accueil chaleureux, et l’ensemble des participants pour leur patience, leur disponibilité face à nos questions. Merci de nous avoir intégrés à ce beau colloque.Ressources audios proposées par Yveline Prouvost :
Pour aller plus loin.- Ruhengeri est une ville au nord ouest du Rwanda à proximité de la frontière de l’Ouganda et de l’actuelle RDC. La ville fait partie des premiers lieux de bataille à la suite de l’entrée du FPR au Rwanda du fait de sa proximité avec la frontière. Elle est un lieu de bataille jusque fin 1994. »>Les guerres du FPR Source Autre source
- Nuit du 6 au 7= nuit du 6 au 7 avril 1994, lors de la mort du président Habyarimana, début du génocide
- Dallaire = Roméo Dallaire : général canadien, commandant de la MINUAR (Force de l’ONU= Mission des nations Unies pour l’Assistance au Rwanda) en place dès 1993 au Rwanda- il avait environ 2300 hommes.
- Hôtel des Mille Collines : Hôtel propriété d’une compagnie aérienne, sus la protection de la MINUAR en avril 1994. Plus de 1200 Tutsi y trouvent refuge au début du génocide. Si cette histoire a inspiré un film (Hôtel Rwanda) celui-ci est très critiqué par les rescapés eux-mêmes. L’hôtel existe toujours.
- Kagame= Paul Kagame : Un des fondateurs du FPR ; nommé vice- président et ministre de la Défense après 1994, il devient président du Rwanda en 2000, réélu en 2003, 2010 et 2017. »>Les forces en présence et leur action au début du génocide Résistances au génocide Etre historien et militant- Le rôle d’IbukaVoir le lien (www.memorialdelashoah.org)>Propagande génocidaire et médias Voir le lien (shoaheduc.org) La CNLG a défini une « liste officielle des mémoriaux nationaux (Nyarubuye, Nyamata, Ntarama, Gisozi, Murambi, Bisesero et Nyanza de Kicukiro) » Source : article de R. Korman, qui a rédigé une thèse intitulée : Commémorer sur les ruines : l’État rwandais face à la mort de masse dans l’après-coup du génocide (1994-2003), soutenue en 2020. Sur ces 6 lieux mémoriaux, M. Gasanabo en cite 4 : Nyarubuye, Nyamata, Ntarama et Murambi Si vous cherchez à en savoir davantage sur chacun d’eux, une présentation en avait été faire par la cnlg. Quelques éléments ne sont plus d’actualité mais vous y trouverez l’essentiel, n’hésitez pas à consulter ce lien. »>Constitutition des archives et mise en place d’une mémoire post génocidaire Le travail de l’Historienne- Les Femmes victimes du génocideVoir le lien (www.sciencespo.fr)
- Interahamwe : Nom d’une milice liée au parti MRND (parti du président Habyarimana). Le mot signifie en kinyarwanda « personnes qui s’entendent fort bien ». Milice majoritaire pendant le génocide, elle est responsable de la plus grande part du génocide.
- Nyamirambo : quartier musulman de Kigali »>Communauté musulmane et résistance au génocide
- Plusieurs rescapés ont pris la parole au cours du colloque, comme Mme Spéciosa Kanyabugoyi, M. Vénuste Kayimahe, Mme Adrienne Mukatako, Mme Odette Sagahutu, M. Jean Pierre Sagahutu. ↩︎
- Cette soirée a là aussi été entièrement filmée et enregistrée. Elle a été diffusée au Rwanda. ↩︎
- Impossible de ne pas nommer Zélia Devooght qui a été notre compagne de tous les instants, souriante, discrète et si efficace. ↩︎
- Plusieurs interventions sur ce point, en particulier celles de Marcel Kabanda. ↩︎
- Plusieurs interventions ont porté sur ce point. On notera par exemple les recherches de J. P. Kimonyo ou celles de François Masabo. ↩︎
- Sur ce point, on pourrait citer la présence de Violaine Baraduc, jeune anthropologue qui vient de soutenir sa thèse sur les femmes génocidaires, co-auteur d’un superbe film documentaire intitulé A mots couverts, et Juliette Bour qui achève sa thèse sur les femmes de pouvoir qui ont cautionné ou dirigé le génocide. ↩︎
- On pourrait par exemple noter la présence sur place de François Robinet dont c’est l’axe de recherche depuis de nombreuses années. ↩︎
- A noter ici la présence par exemple de Déogratias Mazina, président du réseau International Recherche et Génocide ↩︎
- La justice a été abordée par des universaitaires français ou rwandais telle le Dr Alice Urusaro Karekezi, mais aussi des juristes comme Aurélia Devos, ancienne chef du pôle crimes contre l’humanité au parquet de Paris, ou des représentants d’association comme Dafroza et Alain Gauthier cofondateurs du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda. ↩︎
- Ainsi Virginie Brinker qui a coordonné nombre de travaux sur ce thème, ou Catherine Gilbert de l’Université de Newcastle. ↩︎
- Je ne peux m’empêcher de citer ici par exemple Violaine Baraduc et Rémi Korman ↩︎
Notes
- Diverses associations ont été représentées telles Aegis trust, association internationale qui travaille sur la mémoire des génocides, le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda, nous-mêmes APHG, etc.
- Vice- président du parti Libéral, fondateur d’un hôtel nommé « Chez Lando » à Kigali, ministre du Travail et des Affaires sociales dans le gouvernement de transition d’Habyarimana, mis en place à la suite des Accords d’Arusha. Il fut l’une des premières victimes du génocide, ainsi que sa femme et ses enfants, le 7 avril 1994. Le lieu, demeuré un hôtel géré par une des sœurs de Lando, Anne- Marie Kantengwa, reste un lieu important de mémoire.
- Pour exemple : diffusion sur YouTube de la journée d’inauguration du colloque le 11/09/2022.
- Voir ici, par exemple, les travaux de Liberata Gahongayire.
- Film réalisé en 2005 et qui porte sur les tribunaux Gacaca.
- Plusieurs rescapés ont pris la parole au cours du colloque, comme Mme Spéciosa Kanyabugoyi, M. Vénuste Kayimahe, Mme Adrienne Mukatako, Mme Odette Sagahutu, M. Jean Pierre Sagahutu. ↩︎
- Cette soirée a là aussi été entièrement filmée et enregistrée. Elle a été diffusée au Rwanda. ↩︎
- Impossible de ne pas nommer Zélia Devooght qui a été notre compagne de tous les instants, souriante, discrète et si efficace. ↩︎
- Plusieurs interventions sur ce point, en particulier celles de Marcel Kabanda. ↩︎
- Plusieurs interventions ont porté sur ce point. On notera par exemple les recherches de J. P. Kimonyo ou celles de François Masabo. ↩︎
- Sur ce point, on pourrait citer la présence de Violaine Baraduc, jeune anthropologue qui vient de soutenir sa thèse sur les femmes génocidaires, co-auteur d’un superbe film documentaire intitulé A mots couverts, et Juliette Bour qui achève sa thèse sur les femmes de pouvoir qui ont cautionné ou dirigé le génocide. ↩︎
- On pourrait par exemple noter la présence sur place de François Robinet dont c’est l’axe de recherche depuis de nombreuses années. ↩︎
- A noter ici la présence par exemple de Déogratias Mazina, président du réseau International Recherche et Génocide ↩︎
- La justice a été abordée par des universaitaires français ou rwandais telle le Dr Alice Urusaro Karekezi, mais aussi des juristes comme Aurélia Devos, ancienne chef du pôle crimes contre l’humanité au parquet de Paris, ou des représentants d’association comme Dafroza et Alain Gauthier cofondateurs du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda. ↩︎
- Ainsi Virginie Brinker qui a coordonné nombre de travaux sur ce thème, ou Catherine Gilbert de l’Université de Newcastle. ↩︎
- Je ne peux m’empêcher de citer ici par exemple Violaine Baraduc et Rémi Korman ↩︎