Un témoignage sur la France urbaine : « L’Emmerdeur » Film

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Par Yohann Chanoir. [1]

L’Emmerdeur, France-Italie, 1973, Édouard Molinaro, Couleurs, 80 min.

Un témoignage sur la France urbaine et sur la croissance économique, le film est une source que les collègues pourront mobiliser en classe.

Inspiré d’une pièce de Francis Weber, L’Emmerdeur raconte la rencontre entre un représentant en chemises et un tueur à gages. Le duo Jacques Brel-Lino Ventura, expérimenté par Lelouch avec L’Aventure c’est l’Aventure, reprend du service pour un film hybride, improbable mélange entre film noir et vaudeville.

Avec l’aimable autorisation de l’éditeur. © 1973 TF1 INTERNATIONAL – OCEANIA. Tous droits réservés.

Lino Ventura y interprète un tueur qui doit exécuter un témoin dans un procès à Montpellier. Installé dans une chambre d’hôtel face au Palais de justice, il attend sa cible. Au même moment, Jacques Brel, mari trompé, déprimé et désespéré, décide de se suicider… Le film s’inscrit naturellement dans le comique de situation entre un Ventura qui recherche la discrétion et un Brel qui cherche l’éclat pour punir sa femme et fustiger son rival. Le duo – magistral – s’oppose aussi sur les caractères. Ventura est mutique, au contraire de Brel, irrépressible bavard. On retrouve là un rôle qu’affectionnait Lino Ventura, celui d’un homme bouleversé dans son quotidien par un « pauvre type », collant comme de la glue (Ne nous fâchons pas). Mais le film est aussi un polar, avec meurtre, fusillade, explosion et les inévitables bourre-pif servis par un Ventura en grande forme. Le travail du directeur photo, Raoul Coutard, issu de la Nouvelle vague, donne au film une grande fluidité.

Au plaisir devant une comédie fort bien ficelée, l’enseignant d’histoire-géographie trouvera des images intéressantes sur le fait urbain. Tourné à Montpellier, le film échappe à la vision classique de la capitale régionale. Si Molinaro tourne le dos aux vues habituelles, il montre le centre historique, les campagnes qui subissent révolutions silencieuse et automobile. Car le film est aussi un témoignage saisissant sur la France des « Trente Glorieuses », où l’automobile est reine et où la vitesse comprime l’espace. En version restaurée 2K par Carlotta, L’Emmerdeur est à (re)découvrir en salles depuis fin juillet.

D’autres informations sur le site de l’éditeur : http://carlottavod.com/

© Yohann Chanoir pour Historiens & Géographes - Tous droits réservés. 31/08/2017.

Notes

[1Agrégé d’Histoire, Professeur d’Histoire-Géographie en section européenne allemand au Lycée Jean-Jaurès de Reims, Secrétaire de la Rédaction de la revue Historiens & Géographes.