Utopie et Imaginaires de l’Urbanisme Festival International de Géographie de Saint-Dié 2015

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Notes sur la conférence de Michel Lussault : Utopies et imaginaires de l’urbanisme

Prise de notes par Ann-Laure Liéval [1]

UTOPIE ET IMAGINAIRES DE L’URBANISME

Michel Lussault

FIG 2015

Relation utopie et urbanisme

Ildefons Cerda, 1850-70, catalan, mène une réflexion pour réaménager Barcelone de fond en comble dans une industrialisation massive, avec afflux de population, et des conditions qui se dégradent. Il met en place un plan d’extension de Barcelone, en partie mis en oeuvre. Cerda théorise sa pratique, écrit un traité décisif, longtemps mal connu, qui a eu une aura considérable : Théorie générale de l’urbanisation, considérée comme un acte fondateur par les historiens de l’urbanisme de l’urbanisme scientifique contemporain. Il y développe une théorie de la croissance urbaine, des problèmes que cette urbanisation crée (problèmes sociaux et spatiaux). Il prétend que l’urbanisation peut être aussi une théorie de l’action : pour améliorer les conditions de vie des plus pauvres, pour créer une ville agréable, pacifiée.

  • un corpus se constitue de savoirs sur la ville, et d’interventions sur la ville.

URBANISME = Une volonté de comprendre la ville, l’urb, et définir l’intervention optimale pour améliorer les conditions.

Travaillé par des imaginaires = des ensembles d’idées pour qualifier le monde de l’expérience.

Les imaginaires et la part d’utopie qu’ils recèlent.

UTOPIA 1516, Thomas More, ami d’Erasme.

Frontispice : 2 pages
carte de l’utopie / l’alphabet utopique, avec un poème en latin « Utopus mon souverain m’a transformée en île moi qui jadis n’était pas une île » « ce qui n’a point lieu » More invente le contraire du lieu, se détache de toute relation à tout lieu préexistant, de toute référence pour créer une pure fiction spatiale qui ne puisse ê ramené à un lieu connu de l’époque, ni à un régime connu de l’époque. Penser une cité philosophique qui ne puisse avoir aucune comparaison avec quelque chose de connu.
Il entend créer une cité philosophique (cité parfaite -> cité idéale de Platon) « sans le secours de la philosophie abstraite » = critique du platonisme, de l’idéalisme où l’idée prime sur tout le reste. Il le fait par l’organisation de l’espace : une île qui n’a point de lieu mais un espace parfait.

  • réflexion sur le Le rôle de l’espace et son organisation pour la gestion d’une bonne ville le bon espace bien organisé, les bonnes règles de vie (plus tard le Leviathan de Hobbes, contre-modèle d’Utopia. Retour de la philosophie de Hobbes
    aujourd’hui)
  • sur les bonnes pratiques = comment s’adresser aux autres, comment parler à autrui relation espace/sociabilité
  • cela influence l’urbanisme = ne pas tenir compte de ce qui préexiste, s’émancipe des contraintes du lieu

= travail de la forme idéale, mise en place d’une société idéale, optimale
grâce à la forme proposée

La forme est formante :

La forme de l’espace forme les pratiques sociales. Idée que si l’on trouve la bonne forme on va trouver la bonne pratique sociale, neutraliser la violence, l’incivilité, promouvoir le « vivre ensemble ». En Europe nous restions très imprégnés de ce fond culturel. Multiplication de propositions qui récupèrent les idées de T. More :

  • Palma nova, près de Venise, 1598. Plan de ville, forteresse, modèle pour les espaces d’enfermement.
  • 1880 plan d’extension de Cologne, développé par Joseph Stuben (Die Stadtbau), connait les travaux de Cerda (1867) . Plan directeur qui neutralise l’espace urbain ancien gothique (au sens péjoratif), insalubre mal famé des classes laborieuses, espace à redresser selon la pensée rationnelle avec des extensions très géométriques cf le livre de Françoise Choay, La règle et le modèle
    Cologne = ville en pleine expansion, mais on garde la limite, avec grands boulevards.
    Toutes les villes se dotent d’un plan directeur alors : retracent l’espace urbain ancien, il faut encore que la ville soit délimitée. Or cette urbanisation qui s’enclenche au 19e sera ILLIMITEE (urban sprawl).

Il faut casser le modèle de la ville LIMITEE.

  • Projets d’aménagement à Bruxelles autour du stade du Heysel avec l’atomium
    Regard oblique
    On conserve l’idée qu’une opération d’urbanisme doit toujours imposer un arrachement au contexte local. Le contexte préexistant est vu comme une entrave pour améliorer, ou il joue un rôle anecdotique, folklorique : petite boule de l’atomium au 1er plan. Idée qu’on va produire la bonne ville urbaine par la bonne forme. Croyance dans la FORME.
  • dessin d’aménagement de la place de la République, Paris, il y a 5 ans
    redressement de la vie sociale par le traitement de la forme spatiale qu’on espère parfaite, produire par la forme une nouvelle sociabilité noyé ds la verdure : une canopée abondante l’automobile a disparu, espace « redonné » aux piétons (sauf qu’il n’avait jamais été donné aux piétons !). C’est un lieu très cosmopolite près du quartier indien, avec des immigrés récents pakistanais, pas loin quartier de l’Afrique ouest, nouveaux quartiers chinois -> OR société blanche sur ce dessin !
    La diversité sociale escamotée sur ce dessin. Une utopie sociale qui en dit long sur ceux qui la promeuvent...
  • dessins belges pour Bruxelles
    femmes voilées sur projets d’espaces publics
    lauréat du concours BRAL 2012
    or en France on ne peut trouver ce type de dessins
  • de nouveaux imaginaires urbanistiques :
    le verdissement = la mise en vert de la ville
    l’imaginaire social dominant en France = malgré la mondialisation qui a cosmopolitisé les villes françaises, on a tendance a avoir une vision univoque et ne représenter que le seul groupe social considéré comme indigène ou natif sur les projets urbains.

© Ann-Laure Liéval - Tous droits réservés. 8 juin 2016.

© Les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 15/06/2016. Tous droits réservés.

Notes

[1Professeur d’Histoire-Géographie et DNL Anglais, Lycée Fénelon, Lille