APHG Brèves de classe n° 13. L’Afrique australe avec Pierre Denmat Podcast « APHG Brèves de classe »

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Épisode 13 : L’Afrique australe : un espace en profonde mutation avec Pierre Denmat.

APHG Brèves de classe est le podcast officiel de l’APHG. Dans chaque épisode, un universitaire vient présenter un chapitre des nouveaux programmes de lycée. Le podcast se divise en 2 parties. Tout d’abord une présentation des grands enjeux du chapitre puis ensuite des documents ou des exemples, directement réutilisables en classe avec les élèves.
  • Niveau : Seconde voie générale et voie technologique
  • Thème 4 : L’Afrique australe : un espace en profonde mutation
  • Questions : Des milieux à valoriser et à ménager ; Les défis de la transition et du développement pour des pays inégalement développés ; Des territoires traversés et remodelés par des mobilités complexes.

Pierre Denmat, agrégé de Géographie, professeur en CPGE et doctorant sur l’Afrique du Sud, présente ici les différentes composantes de la partie méridionale de l’Afrique. Il analyse les évolutions économiques, politiques et sociales de cet espace. Il traite ainsi le thème de géographie de la classe de Seconde, mais qui intéressera également tous nos programmes de Géographie du secondaire. Dans la deuxième partie de l’émission, Pierre Denmat propose un dossier documentaire sur Johannesburg à travers des images et des séries qui permettent d’appréhender les problématiques de cette métropole sud africaine. Tous les documents, une mise au point scientifique inédite et la bibliographie sont disponibles dans l’article ci-dessous.

Présentation de l’intervenant

Agrégé de géographie, professeur d’histoire-géographie en classes européennes au lycée Paul Langevin de Suresnes, et professeur de géographie en CPGE littéraire au lycée Victor Hugo de Paris. Doctorant en géographie à l’université Paris Nanterre, sous la direction de Sonia Lehman-Frisch et de Philippe Gervais-Lambony. Recherches qui portent sur l’enseignement de la géographie à partir des séries télévisées à travers une analyse croisée entre New York et Johannesburg. Très engagé dans des projets de pédagogie innovante et coopérative : directeur d’ouvrage au Livrescolaire.fr (manuel de géographie de terminale), animateur de formations dans l’académie de Versailles, programme de coopération européenne Europeana (lauréat pour la France en 2019), partenariat pédagogique avec plusieurs lycées à Johannesburg. Je suis aussi membre du jury du Capes externe d’histoire-géographie.

Pierre Denmat, 2018, « Lagos, immensité et urbanité d’une ville d’Afrique subsaharienne fantasmée dans les séries télévisées », Urbanités.

Pierre Denmat - DR.

Liens vers l’émission APHG Brèves de classe n° 13

Lien vers la plateforme d’écoute de l’émission, 1re et 2e partie

© APHG Brèves de classe. Yohann CHANOIR et Nicolas CHARLES. Générique : « Dissolution ». Musique originale. © Renaud MIELCAREK et Bernard COLLOT - tous droits accordés pour l’APHG. Mai 2020.

Article de mise au point scientifique et bibliographie autour de l’émission

L’Afrique australe : un espace en profonde mutation

Un ensemble régional composé de 10 Etats : Afrique du Sud, Botswana, Namibie, Angola, Zambie, Zimbabwe, Mozambique, Lesotho, Swaziland, Malawi.

Question de la délimitation de la région se pose. Pierre Gourou (1971) distinguait, par exemple, l’Afrique australe de l’Afrique noire du sud-est (Malawi, Zambie, Rhodésie (actuel Zimbabwe) et Mozambique). Jean-Pierre Raison dans la Géographie universelle sous la direction de Roger Brunet (1994) considère que l’Afrique australe est composée de 10 pays. Dans cette même géographie universelle, l’Afrique australe est aussi appelée « l’Afrique des mines ». Philippe Gervais-Lambony (1999) a parfois avancé l’argument que l’Afrique australe était composée des pays anglophones ce qui exclut les deux pays lusophones que sont l’Angola et le Mozambique. Cette question des langues permet de revenir sur un aspect historique important : la colonisation. En effet, cette région d’Afrique connaît des formes de colonisation depuis le début du XVIe siècle (colonies portugaises de Bartolomé Dias et de Vasco de Gama) où les portugais, les néerlandais, les britanniques et les allemands ont tous cherché à faire fortune et notamment à profiter des richesses minières. Cette colonisation ancienne inscrit, de fait, l’Afrique australe, dans les premiers flux mondialisés, si on se réfère à la géohistoire de la mondialisation proposée par Christian Grataloup. De nos jours, il semble difficile d’exclure le Mozambique de l’Afrique australe tant les relations avec l’Afrique du Sud sont importantes et connaissent un essor important ces dernières années.

Un espace marqué par :

  • De fortes inégalités (à toutes les échelles) et une ségrégation historique toujours prégnante
  • Une intégration différenciée à la mondialisation
  • Des milieux contraignants (aridité…)

Bibliographie :

  • Philippe Gervais-Lambony (notamment son ouvrage chez Armand Colin, 2013, et la Documentation Photographique, 2012)
  • Myriam Houssay-Holzschuch (spécialiste du Cap et de la ségrégation en Afrique du Sud)
  • Pauline Guinard (Johannesburg, l’art d’inventer une ville, 2014)
  • Chloé Buire (Citadins, citoyens au Cap, 2019)
  • Jeanne Vivet (spécialiste du Mozambique)
  • Claire Bénit-Gbaffou (spécialiste de Johannesburg)
  • Jean-Fabien Steck (Documentation phographique « Afrique subsaharienne », 2018)
  • Géraud Magrin (Atlas de l’Afrique, Autrement, 2016)
  • Emmanuelle Surmont (« La crise requin à La Réunion (2011-2017), généalogie d’une construction sociale », Historiens & Géographes, n° 439 juillet-septembre 2017, p.75-76) ; présentation sur l’Afrique australe dans le cadre de la journée d’étude 2019 de la Régionale d’Aquitaine (https://www.aphg.fr/IMG/pdf/je_nov2...)

Problématique :

En quoi l’Afrique australe est-elle marquée par des dynamiques différenciées d’intégration à la mondialisation à l’origine de mutations à toutes les échelles ?

1. L’Afrique australe : une région aux multiples ressources

A. Des milieux variés

Des milieux principalement arides voire désertiques que l’on peut considérer comme des milieux tropicaux. Des formes diverses en fonction des latitudes (climat méditerranéen au Cap), climat tropical pour le reste de la région. Le paysage le plus stéréotypique est le veld (mot en afrikaans pour dire champs), en anglais on parle de bush. Le mot veld rappelle déjà la colonisation de l’Afrique australe (notamment de l’Afrique du Sud) et son exploitation coloniale pour l’agriculture. Ces velds sont caractérisés par de longues étendues de champs avec des herbes rases et de petits arbustes.

Globalement, l’Afrique australe est une Afrique des plateaux, plus ou moins hauts. On note également la présence de montagnes qui peuvent être hautes : Drakensberg (à l’est de l’Afrique du Sud et au Lesotho) qui culmine à plus de 3000 mètres, notamment.

B. Des ressources disputées

Région très riche en ressources et exploitées depuis l’époque coloniale (britannique et portugaise). Importantes ressources en or (36% de la production mondiale) et diamants (Afrique du Sud, Botswana) mais aussi en pétrole (Angola et, plus récemment, au Mozambique). Ces ressources font l’objet de conflits anciens. La guerre des Boers (entre Britanniques et Afrikaners) peut être interprétée comme un conflit lié à l’appropriation des ressources puisque lors de cette guerre, les Britanniques ont voulu s’emparer du territoire du Witwaterstrand (région de Johannesburg où des mines d’or étaient exploitées depuis 1886). Aujourd’hui, ce sont de grandes sociétés minières internationales qui se livrent une bataille pour exploiter les mines. On note l’arrivée de sociétés chinoises depuis le début des années 2000.
Notons que cette importante exploitation minière, qui domine largement l’économie de la région et lui permet de connaître une forte croissante depuis plusieurs années, est toutefois fortement dépendante et soumise aux fluctuations des cours des prix des matières premières. De plus, les ressources commencent à se tarir ce qui pourra constituer un frein au développement dans les années à venir. On note déjà que le secteur minier qui représentait 21% du PIB sud-africain en 1980, n’en représente plus que 7% en 2018.

Question de l’eau qui est également une ressource disputée car insuffisante dans certaines régions très arides. Trois grands fleuves irriguent l’Afrique australe et servent tant à l’approvisionnement en eau potable qu’à la production hydroélectrique : la Zambèze, l’Okavango et le Limpopo. Johannesburg fait face à une pénurie d’eau très régulière et doit s’approvisionner au Lesotho, parfois appelé le château d’eau de l’Afrique du Sud, qui bénéficie de pluies plus fréquentes grâce à ses reliefs). Cette question du difficile partage des eaux a été étudiée par David Blanchon qui montre notamment qu’à la fin de l’apartheid l’Etat sud-africain a dû procéder à un nouveau partage de l’eau alors que cette ressource était contrôlée et exploitée par les populations blanches (ce qui profitait notamment aux agriculteurs) pendant toute la période de l’apartheid. L’Etat sud-africain a donc nationalisé la ressource pour mieux la contrôler avec le Water act de 1998. Toutefois, en 2020, on s’aperçoit que les problèmes liés à l’eau ne sont pas réglés et que les grandes métropoles comme Johannesburg, Le Cap ou Durban manquent cruellement d’eau.

C. Une mise en valeur différenciée

Des ressources qui sont largement exploitées par des grandes compagnies minières étrangères ou sud-africaines. Là encore, le géant sud-africain domine le secteur avec les groupes tels que Gold Fields, Sibanye-Stillwater ou AngloGold Ashanti. Le pétrole angolais est, lui, exploité pour un tiers par le français Total.

Une mise en valeur très importantes dans certaines régions (Afrique du Sud avec ses très nombreuses mines d’or, de platine et de diamants, Angola avec les puits de pétrole exploités où 1,5 million de barils de pétrole sont extraits par jour) mais beaucoup moins dans d’autres pays encore soumis à une instabilité politique (Zimbabwe et même au Botswana où les premières mines de diamants ont été exploitées à partir de 1967). L’Afrique australe reste la première région productrice de diamants au monde. Les mines sud-africaines et botswanaises, notamment celle de Cullinan à l’est de Pretoria ou Karowe au nord-est du Botswana, ont pour réputation de produire les plus beaux diamants du monde.

Concernant le secteur agricole, il faut noter que l’agriculture est duale en Afrique australe. Cette région a connu une mise en valeur agricole par les colons avec de grandes propriétés foncières qui étaient gérées par les colons. En Afrique du Sud, le sud du pays était largement exploité pour y réaliser des grandes cultures (mais aussi de la viticulture apportée par les Huguenots venus de France au XVIIe siècle), profitant du climat méditerranéen. Plus au nord, le Mozambique a été très tôt exploité pour ses cultures tropicales par les portugais. Aujourd’hui, c’est encore le type d’exploitation qui y est pratiqué majoritairement mais ce secteur n’est pas du tout modernisé. Dans les autres pays, l’agriculture reste majoritairement une agriculture de subsistance qui n’est pas à l’abri de grandes difficultés et notamment les vagues de sécheresses, ce qui pose la question de la gestion de la ressource hydrique et plus largement des conflits d’appropriation et d’usages pour l’accès aux ressources en Afrique australe.

2. Une intégration à la mondialisation à l’origine de mutations à différentes échelles…

A. Une région marquée par l’inégale intégration à la mondialisation

Le poids des villes en augmentation constante dans la région. Si Johannesburg fait figure de tête de pont en tant que métropole mondiale (la seule qui peut être considérée comme telle en Afrique), d’autres villes connaissent une forte croissance démographique (à l’image de Harare et de Maputo qui restent de petites villes d’environ 1,6 million d’habitants pour Harare et de 2,7 millions pour Maputo) mais aussi un développement important. Cette urbanisation de l’Afrique australe et particulièrement la métropolisation que l’on observe en Afrique du Sud fait partie des éléments traduisant cette intégration à la mondialisation à l’échelle locale. A ce titre, on note que le paysage urbain des métropoles, notamment de Johannesburg mais aussi du Cap et de Durban, sont verticalisés donnant naissance des formes d’urbanisation standardisée. Toutefois, il faut encore noter des écarts importants entre les pays : le taux d’urbanisation en Afrique du Sud dépasse les 60% alors que celui du Malawi reste en-deçà de 20% et ceux du Lesotho et du Swaziland en deçà de 30%.

Port de Durban qui reste le plus actif de la région. Interfaces portuaires qui restent limitées mais qui tendent à se développer avec l’émergence de l’Afrique du Sud.
Corridor de développement Johannesburg – Maputo  permet l’accès à la mer pour la région de Johannesburg (Gauteng, région la plus riche d’Afrique), plus rapide que si passage par le port sud-africain de Durban.

De façon générale, il faut noter que les acteurs politiques n’ont pas élaboré les mêmes stratégies de développement, ce qui explique des degrés divers d’intégration à la mondialisation, outre la présence ou non de ressources.

  • L’Afrique du Sud, depuis 1994, a privilégié une politique libérale  politique de l’African Renaissance mise en place par le président Mbeki.
  • Zimbabwe fait face à la mauvaise gestion du président Mugabe. Depuis 2000, les terres agricoles (dont certaines sont très fertiles) ont été redistribuées aux fermiers noirs mais ceux-ci sont inexpérimentés et les récoltes ont fortement chuté
  • Botswana : politique volontariste d’aide au développement. Le gouvernement investit pour aider les entreprises. Une bonne santé économique qui reste soumise à la demande de diamants qui peut être fluctuante.
  • Namibie : modèle de développement extraverti qui repose sur les ressources minières et qui fait surtout appel aux investissements étrangers
  • Mozambique a connu une période de collectivisation des terres des années 1970 aux années 1990.
  • Angola a connu quatre décennies de guerre jusqu’au début des années 2000. Pays qui a connu une très forte croissante depuis le début des années 2000 mais dont la bonne santé économique ne dépend que des cours du baril.
B. L’émergence : une dynamique encore d’actualité en Afrique australe ?

L’émergence correspond à une intégration très rapide d’une économie à la mondialisation qui passe par une croissance économique rapide et par un développement important faisant apparaître une classe moyenne.

L’Afrique du Sud est bien souvent considérée comme un pays émergent. Le pays a connu un développement très rapide dans les années 1990 et 2000 mais depuis la crise de 2008, le pays fait face à un ralentissement économique interrogeant sur son statut d’émergent.

En 2019, l’Afrique du Sud a connu une croissance de 0,2% avec une forte récession au premier trimestre (-3,2%) et au dernier trimestre (1,4%). Lex experts considèrent que l’Afrique du Sud est de nouveau entrée dans une phase de récession, soit la troisième récession depuis la fin de l’apartheid. On note aussi que les investissements ont connu un recul de 10% à la fin de l’année 2019 ce qui montre que l’Afrique du Sud n’est plus aussi attractive et dynamique qu’elle n’a pu l’être dans les années 2000. Le taux de chômage y reste très élevé : plus de 27% d’après les chiffres officiels.

L’Afrique du Sud peut aujourd’hui être considérée comme post-émergente ce qui apparaît comme une seconde mutation après une première mutation apparue dans les années 1990.

C. Une région qui s’ouvre au tourisme

Le tourisme est une des mutations majeures dans la région marquant aussi son intégration croissante à la mondialisation. Tourisme de safaris en Afrique du Sud mais aussi en Namibie.

Nombre de touristes en constante augmentation en AS : plus de 10,4 millions (en 2018), contribuant au PIB pour environ 10%. Parc Kruger est un des lieux emblématiques du tourisme de safari. Le tourisme est vu comme un facteur de développement pour des pays d’Afrique australe qui reste peu développés à l’image du Mozambique qui compte sur le tourisme, notamment grâce aux aménités offertes par le climat tropical et les plages de sable blanc de l’océan indien, pour créer de la croissance alors que le pays fait partie des PMA les plus pauvres au monde (IDH : 0,33 en 2018, ce qui en fait le troisième pays avec le plus faible IDH au monde après la RDC et le Niger).

3. … mais aussi de fortes inégalités à toutes les échelles

A. L’Afrique du Sud : poids lourd de la région écrasant les autres pays

Un pays qui domine par son poids économique (le pays représente 60% de l’Afrique australe). Attire de nombreux migrants économiques qui viennent y chercher du travail et ce, depuis longtemps puisqu’au XIXe siècle, des migrants étaient nécessaires pour fournir la main d’œuvre dans les mines.

L’Afrique du Sud polarise bon nombre d’IDE dans la région (elle fait partie des BRICS depuis 2011, c’est donc un pays dans lequel les investisseurs estiment qu’il est intéressant d’investir) mais les FTN sud-africaines investissent également beaucoup dans les pays voisins (dans les secteurs miniers, notamment au Botswana, mais aussi touristiques au Mozambique, par exemple).

Toutefois, il faut noter que l’Afrique du Sud fait toujours face des inégalités extrêmement fortes qui sont héritées de l’apartheid. L’indice de Gini y est très élevé : 0,62, le plus important au monde. Le taux de pauvreté reste très important : 40%.
Des formes d’organisation spatiale sont héritées de l’apartheid : dans les villes, les townships restent des lieux exclusivement peuplés par des noirs (même si on note que dans des townships comme Soweto, une classe moyenne émerge) et dans les campagnes, les bantoustans qui étaient des régions entières créées du temps de l’apartheid réservées aux populations noires. En Afrique du Sud, les bantoustans étaient majoritairement situés dans le nord (l’ancienne région du Transvaal) et dans l’est (dans l’actuel KwaZulu-Natal).

B. Des inégalités socio-spatiales très fortes…

A l’échelle régionale, on note que certains pays demeurent très pauvres et largement agricoles : c’est le cas du Malawi, du Zimbabwe et du Mozambique. On note d’ailleurs que ces économies agricoles restent peu modernisées (pas de révolution verte en Afrique australe) ce qui peut conduire à des situations d’insécurité alimentaire lors des années de sécheresse.

A l’échelle nationale, on observe des régions très inégalement développées. Les régions urbaines dominent les régions rurales. De forts écarts en termes d’IDH en fonction des régions (par exemple entre le Gauteng en Afrique du Sud et le Cap du Nord).

Des inégalités socio-spatiales qui se traduisent également dans le domaine de la santé : on note un très fort taux de VIH dans certaines régions.

C. … mais des métropoles de plus en plus fragmentées

L’exemple du Cap ou de Johannesburg sont marquants et sont largement traités dans la littérature. A Johannesburg, on note une forte fragmentation entre les quartiers résidentiels du nord où se concentrent des villas bien gardées par des systèmes de sécurité privés et le sud de la ville avec l’emblématique township de Soweto qui est peuplé quasi exclusivement par des populations noires.

Ces métropoles se veulent être des vitrines de l’émergence et/ou de l’intégration de l’Afrique australe dans la mondialisation. On note la verticalité des CBD. A Johannesburg, l’ancien centre-ville aujourd’hui africanisé (alors qu’il était réservé aux blancs du temps de l’apartheid) est aujourd’hui concurrencé par le nouveau CBD de Sandton au nord de la ville où un immense mall est le lieu de rendez-vous des classes moyennes et aisées qui viennent s’y promener et faire leurs courses.

Transposition didactique et documents présentés dans l’émission

Plus qu’une étude de cas, ce thème conclusif invite plutôt à réaliser des études thématiques avec les élèves. En effet, le BO n’indique aucune étude de cas à réaliser. Il est bien entendu difficile de proposer une étude de cas qui permettent d’étudier l’ensemble des pays d’Afrique australe en même temps. Il semble donc préférable de réaliser des dossiers thématiques sur des éléments importants du cours. Ici, je propose de travailler sur les inégalités et sur la métropolisation en Afrique du Sud.

Je propose ici de travailler sur Johannesburg en tant que ville qui est en profonde mutation, qui est une des figures emblématiques de la transition de l’Afrique australe et de son émergence mais aussi une ville qui concentre des inégalités ce qui montre que la transition en Afrique australe reste incomplète.

On peut partir d’une série photographique très parlante pour l’Afrique du Sud : unequalscenes.com lien ici et de séries télévisées afin de travailler sur les représentations que les élèves peuvent avoir d’un pays qui leur est bien souvent inconnu.

La série photographique propose différentes situations en Afrique du Sud, de nombreuses au Cap, ville qui concentre, elle aussi, bon nombre d’inégalités. On peut également trouver une série qui porte sur le township d’Alexandra et le nouveau CBD de Sandton. Ces deux espaces sont situés au nord de Johannesburg. Alexandra est un township qui a été en 1912 (il s’agit à l’époque d’un des rares territoires que peuvent posséder les Noirs en Afrique du Sud). Durant l’apartheid, ce quartier sera le lieu de révoltes assez violentes notamment en 1976, en même temps que celles de Soweto, située à l’opposé, au sud-ouest de la ville.

De nos jours, Alexandra est l’un des quartiers les plus pauvres d’Afrique du Sud. Il concentre près de 180 000 habitants sur moins de 7km2 (soit une densité moyenne de 25700 habitants / km2). Ce quartier a connu un programme de rénovation à partir de 2001 où des rues ont été aménagées et des logements ont été construits. On peut les voir sur les photographies. Ce sont des logements collectifs qui tranchent dans le paysage des habitats informels qui caractérisent Alexandra (beaucoup que Soweto où on retrouve les emblématiques maisons allumettes qui sont construites sur le même modèle mais qui ont le mérite d’être des maisons « en dur »).

Sur la même photographie, on voit au loin la banlieue résidentielle aisée de Johannesburg. On pourra faire remarquer aux élèves la différence de couleurs : d’un côté le township sans aucune verdure, de l’autre la banlieue résidentielle avec de nombreux arbres (et notamment les jacarandas, arbres à fleurs bleu/violet qui sont emblématiques de cet espace, que l’on retrouve aussi à Pretoria). On note sur cette image, au loin, le nouveau CBD de la ville. Il s’agit de Sandton, un quartier d’affaires construit depuis les années 1990 (alors que le CBD « historique » de Johannesburg s’africanisait). Ce quartier concentre aujourd’hui la bourse de Johannesburg, mais aussi de nombreux sièges sociaux (plus de 8000 entreprises y sont implantées, ce qui en fait le premier centre financier d’Afrique du Sud) d’entreprises, un centre de congrès ainsi qu’un vaste centre commercial. Les autorités prétendent que Sandton est le kilomètre carré le plus riche d’Afrique.

On pourra demander aux élèves de comparer les différentes photographies de la série portant sur ces deux quartiers et de réaliser une carte mentale afin de mettre en évidence les inégalités qui se traduisent dans le paysage.

Afin de compléter cette étude des inégalités à Johannesburg à partir des paysages, on pourra aussi projeter quelques génériques de séries télévisées sud-africaines.

  • Pour montrer Sandton : Egoli, série marquante des années 1990 – 2000 mettant en scène des familles blanches vivant dans la banlieue nord de Johannesburg. On voit dans le générique Sandton représenté comme la nouvelle mine d’or de Johannesburg (Egoli étant un des surnoms de la ville en zulu signifie lieu de l’or).
    https://www.youtube.com/watch?v=qlv...
  • Pour montrer Soweto et le quartier central de Johannesburg ainsi que le FNB stadium construit pour la coupe du monde de football de 2010 : Rhythm city, série diffusée depuis 2007 et qui met en scène des Noirs qui cherchent à percer dans le monde de la musique. Le générique montre le passage de Soweto au CBD comme s’il s’agissait d’un cheminement vers la gloire. Cheminement qui est assez représentatif du rêve de bon nombre d’habitants de Soweto qui espère/espérait faire fortune depuis la fin de l’apartheid.
    https://www.youtube.com/watch?v=bCK...
  • Pour montrer les inégalités à l’échelle du centre de Johannesburg, on peut projeter Scandal !, une série diffusée depuis 2016. Il s’agit d’une série mettant en scène l’élite Noire qui a fait fortune dans le monde de la finance. La première scène du générique où une femme noire circule dans une Rolls.
    https://www.youtube.com/watch?v=SUE...

Ces trois génériques mettent en évidence les contrastes à Johannesburg et donc sa fragmentation socio-spatiale. La ville émergente est donc une ville en transition, peut-être plus encore en Afrique du Sud où le poids de l’histoire rend la ségrégation plus prégnante et marquée dans l’espace. En effet, l’apartheid a utilisé un dispositif spatial pour mettre à distance les groupes ethniques, ce qui a des conséquences toujours dans l’organisation spatiale en Afrique du Sud avec des permanences dans l’occupation de l’espace (les townships de Soweto et d’Alexandra sont toujours peuplés par des Noirs ; les banlieues résidentielles du nord de Johannesburg sont essentiellement peuplées par des Blancs) mais aussi quelques mutations : le CBD historique de Johannesburg s’est africanisé et est aussi fréquenté et habité essentiellement par des Noirs (même si des Blancs continuent d’y travailler la journée).

Retrouvez les épisodes précédents sur le site de l’APHG

© APHG Brèves de classe - Yohann Chanoir et Nicolas Charles pour Historiens & Géographes, 20/05/2020. Tous droits réservés.